Septembre 1856. Profitant d’un voyage de M. Flize, officier d’infanterie de marine, dans le Bambouck, Boubakar, aidé de Bougoul, chef de Farabanna, attaqua Kéniéba qui était au pouvoir de nos ennemis. Ils prirent le village et le mirent à notre disposition pour l’exploitation des mines d’or.

Janvier 1857. Boubakar fait une grande razzia sur son cousin Ousman qui le trahissait et qui lui fit sa soumission à la suite de cette sévère leçon.

Février 1857. Boubakar se rend dans le Ferlo soumettre les villages révoltés, dont une partie passa à l’ennemi en traversant le fleuve, se rendant dans le Guidimakha.

Mars. Croyant les circonstances favorables, un compétiteur s’éleva contre lui dans le Bondou. C’était un Sissibé de la branche d’Amaguié, qui se nommait Ely-Ahmady-Kaba, et qui était partisan d’El-Hadj. Il avait réussi à grouper autour de lui les villages de Ouro-Ahmadou, Bélidioudé, Séling, Kipinguel, c’est-à-dire environ 6,000 hommes avec lesquels il s’enferma dans le village fortifié d’Amaguié ou Amadhié. Boubakar, lui ayant fait demander le tribut dû à l’almamy, celui-ci répondit par un refus formel, menaçant de mettre à mort celui qui viendrait lui renouveler cette demande.

Les hostilités commencèrent aussitôt. Boubakar marcha contre le rebelle. Son armée renforcée par les troupes du poste de Sénoudébou, que commandait le piqueur du génie Girardot, vint mettre le siège devant Amaguié. Le village ne put être enlevé de vive force. La résistance des habitants fut opiniâtre, et, l’affût de la pièce du poste s’étant brisé, on fut obligé de demander du renfort à Bakel et la colonne, en attendant vint camper sous les murs de Séling ou Sélen sur la Falémé. A l’attaque d’Amaguié, les Maures Douaïch qui s’étaient joints à Boubakar se contentèrent de faire caracoler leurs chevaux dans la plaine sans s’approcher des tatas.

Le commandant de Bakel, le capitaine Cornu, se vit obligé de marcher avec ses hommes au secours de Boubakar-Saada et du commandant de Sénoudébou. Il les rejoignit quelques jours après à Séling et marcha avec eux contre Amaguié. Mais il eut beaucoup de peine à décider les Maures à marcher avec eux à l’ennemi.

Lorsqu’il arriva devant Amaguié, il fit demander le chef. Celui-ci lui envoya aussitôt son fils. Il le chargea d’aller dire à son père de venir faire sa soumission immédiatement. Vers le soir, Ely-Ahmady-Kaba arriva avec tous ses notables. Il fit sa soumission à Boubakar-Saada en lui demandant de ne pas abuser de la protection de la France pour commettre des injustices et se livrer à des représailles contre ses ennemis. On désarma tous les habitants du village. On prit tous les chevaux, les bœufs et les captifs. Les hommes libres furent laissés en liberté. L’autorité de Boubakar-Saada fut donc affirmée pour quelque temps dans le Lèze-Maïo. Le tata d’Amaguié avait 500 mètres de développement, 3 mètres de haut et 1 mètre d’épaisseur à la base.

Juillet 1857. Après avoir chassé El-Hadj des environs de Médine, le gouverneur Faidherbe se décida à s’emparer de Somsom-Tata, la ville la plus forte du Haut-Bondou et celle qui avait, de tout temps, fait le plus d’opposition à Boubakar-Saada. Celui-ci, de son côté s’était assuré de l’alliance du chef des Maures Douaïch, du roi du Khasso, Sambala, et de Bougoul, chef de Farabanna. Ainsi secondé et fort de l’appui de la France, il marcha sur Somsom-Tata. Le chef de ce village, Malick-Samba, prince sissibé, retenait alors prisonnier dans son tata Alkossoum, Sissibé de la branche de Koussan-Almamy, fils de l’almamy Toumané, et, par conséquent, oncle du chef du village auquel il avait été confié. On l’accusait de s’entendre avec Boubakar-Saada dont il défendait vivement le parti. Aussi avait-il été arrêté par ordre d’El-Hadj-Oumar et interné à Somsom-Tata, qui passait alors, dans tout le pays, pour une forteresse absolument imprenable. Elle avait été construite quarante ans auparavant par l’almamy Toumané et était dirigée contre les Bambaras, qui venaient à chaque instant faire des razzias dans le Bondou. L’almamy Toumané y avait installé une forte garnison en même temps pour surveiller le Bas-Bondou et pour pouvoir protéger le Lèze-Maïo, afin de donner le temps aux troupes du Koussan et de Boulébané de se rassembler. Cette garnison se composait presque uniquement de captifs de l’almamy et d’hommes libres de sa suite, et lorsque Malick-Samba en fut nommé le chef, c’étaient les descendants de ceux-ci qui défendaient la forteresse.

Boubakar-Saada, résolu à en finir avec eux, avait fait écrire à Malick pour le sommer d’avoir à rendre la liberté à Alkossoum. Malick refusa net, et Boubakar marcha contre Somsom-Tata. Il fut soutenu, dans cette circonstance, par le capitaine Cornu, commandant de Bakel, qui lui prêta son concours. Arrivés devant la place, ils livrèrent un assaut terrible ; mais ils furent repoussés. Ils résolurent alors de faire brèche. Le capitaine Cornu fit mettre en batterie les quatre pièces de montagne dont il disposait. Mais ce fut inutile, les boulets n’entamèrent même pas la muraille. Le siège fut alors organisé en règle et on résolut de prendre le village par la famine. Ce fut alors que le gouverneur Faidherbe, prévenu par le capitaine Cornu, se mit en marche contre Somsom-Tata, dont la longue résistance pouvait avoir, dans le pays, un déplorable effet, surtout à cette époque où El-Hadj se trouvait au plus haut degré de sa puissance. Il fit débarquer ses troupes à Yaféré, sur le Sénégal, et marcha contre le village rebelle, devant lequel il arriva le lendemain.

Il fit alors venir le chef et lui intima l’ordre de délivrer le prisonnier. Malick-Samba promit de faire sur-le-champ ce qu’il désirait. Mais à peine entré dans le village, il en fit fermer les portes et, non seulement refusa de tenir sa parole, mais encore fit immédiatement assassiner le prince Alkossoum. Faidherbe recommanda alors au commandant de Sénoudébou et à Boubakar de bien surveiller les portes ; car, le lendemain, on devait mitrailler le village, et le surlendemain en faire l’assaut.