En mars 1864, nouvelle expédition, nouvelle défaite. Boukary-Counda, village du Ouli, qu’il était venu attaquer sans aucun motif, le force à se retirer et le bat à plate couture. Les pertes furent énormes.
Au commencement d’octobre de la même année, il part de nouveau en guerre avec ses alliés du Khasso et du Natiaga. C’est sur Tinguéto, village du Tenda, qu’ils marchent ensemble. Là encore, nouvelle défaite. Boubakar échappe par miracle aux guerriers malinkés.
En avril 1865, Boubakar lève de nouveau une armée, composée de guerriers du Bondou, du Khasso, du Natiaga et du Logo. Il se met à sa tête et part pour le Ouli, assiéger le gros village de Canapé, qu’il emporta sans difficulté. Du haut des murs de sa capitale, le massa (roi) du Ouli put voir l’incendie qui détruisit Canapé. Il n’osa pas aller le secourir. La moitié de la population périt dans les flammes et l’autre moitié fut emmenée en captivité. Canapé était un village de Dioulas, qui y avaient constitué un fort approvisionnement de poudre. L’incendie y mit le feu, et la plus grande partie du village sauta. Un grand nombre de guerriers furent ensevelis sous les décombres. — Au mois d’octobre de la même année, nouvelle incursion dans le Ouli. Boubakar vint assiéger Goundiourou, dont il s’empara facilement. Les femmes et les enfants furent emmenés en captivité à Sénoudébou.
En janvier 1867, il se met encore en campagne contre le Ouli. Il avait depuis longtemps formé le dessein de le conquérir entièrement. Il en parcourt la plus grande partie sans rencontrer d’obstacles et vient mettre le siège devant Médina, qui était alors la capitale. Le massa n’osa même pas résister et vint implorer la clémence de l’almamy du Bondou, qui consentit à évacuer le pays moyennant une forte rançon.
Sur ces entrefaites, le damel (roi) Lat-Dior, du Cayor, qui venait d’évacuer son pays, fuyant devant les colonnes françaises, et était venu se placer sous la protection de Maba, dans le Ripp, envahit le Sandougou avec son allié, uniquement dans le but de faire des captifs pour pouvoir acheter du mil afin de nourrir ses guerriers et ses chevaux. Il était ainsi arrivé jusqu’à Oualia, après avoir pris le village de Sandougoumana, situé sur les bords du Sandougou. Les fuyards de ce village étaient venus implorer le secours de Boubakar-Saada, qui partit de Médina à la tête de ses meilleurs cavaliers et courut en toute hâte au secours du Sandougou. Il atteignit le damel Lat-Dior non loin du marigot et le défit complètement. Il lui reprit la majeure partie des prisonniers faits à Sandougoumana et leur rendit la liberté. Il s’empara également d’un grand nombre de chevaux.
Dans la première quinzaine d’octobre 1867, le chef de Sandicounda, nommé Barka, vint implorer le secours de Boubakar contre un village voisin du sien et du même nom, et habité par des Malinkés Tarawaré qui depuis longtemps le volaient et le pillaient. De plus, Boubakar avait également à se plaindre de ce village, qui pillait fréquemment les villages du Bondou du voisinage. Il alla donc l’attaquer, s’en empara aisément et le détruisit. Le chef Soukoulou-Mahmadou fut tué dans l’action, et plus tard les fugitifs vinrent à Sénoudébou implorer leur pardon de Boubakar. Celui-ci leur permit de reconstruire leur village, à condition qu’ils lui paieraient annuellement une forte coutume en or.
Vers la fin de décembre de la même année, Boubakar se mit de nouveau en campagne. Il marcha contre Kéniéba (Bélédougou), qui avait envoyé des secours à Sandicounda. Une colonne fut envoyée contre le village. Elle était commandée par Saada-Ahmady et par le fils aîné de Boubakar, Ahmady-Boubakar. Ils échouèrent complètement et furent mis en déroute.
En janvier 1868, le chef de Mamakono, Dially-Silman, roi du Bélédougou, ayant été cerné par le chef de Marougou, sous prétexte qu’il avait fourni des guerriers à Boubakar contre lui, l’almamy du Bondou, prévenu, se mit de nouveau en campagne pour prêter main-forte à son allié. Il arriva dans la plaine de Mamakono, où se trouvaient campés tous les guerriers du Dentilia, du Niagala, Tambaoura, Diabéli et Diébédougou, qui étaient venus prêter main-forte aux gens de Marougou. Boubakar attaqua immédiatement, et en peu de temps dispersa l’armée alliée. Il fit même un prisonnier de sa main, et le chef de l’armée coalisée faillit tomber en son pouvoir. Ce dernier perdit environ trois cents hommes. Les pertes de Boubakar furent minimes ; mais il eut à déplorer la mort d’un de ses meilleurs lieutenants, Baïdi-Saumaram.
De Mamakono, Boubakar envoya dans tout le Bambouck des émissaires aux pays qui avaient fourni des contingents à Marougou, pour les informer d’avoir à payer un fort tribut en or et pour leur déclarer qu’à l’avenir il en exigerait autant chaque année. Les chefs y consentirent, et Boubakar rentra à Sénoudébou avec un riche butin en or et en prisonniers.
En septembre, avec l’aide des guerriers du Khasso, il marcha contre N’guiguilone, dont les habitants refusaient de payer le tribut. N’guiguilone fut pris, détruit et sa population emmenée en captivité dans le Khasso et le Bondou.