Dès que Boubakar se vit délivré des Talibès d’El-Hadj-Oumar, il songea à attaquer à son tour ceux qui l’avaient pillé et harcelé les années précédentes. De plus, il avait à punir les villages voisins qui s’opposaient au retour dans le Bondou des émigrés qui, revenant de Nioro, y étaient venus chercher refuge. Enfin, raison capitale, il lui fallait, pour les retenir auprès de lui et calmer leurs appétits, donner chaque jour aux Sissibés une proie nouvelle pour leur permettre de reconstituer la fortune qu’ils avaient perdue dans les guerres contre El-Hadj et ses Talibès. Aussi allons-nous voir Boubakar aller guerroyer partout jusqu’à sa mort et se conduire, dans ses relations avec ses voisins, comme un pillard couronné.
En 1860, le Ferlo se révolta contre lui, sous la conduite d’un chef nommé Antioumané-Diadé. Boubakar marcha contre lui, s’empara d’un grand nombre de villages et le défit complètement. Antioumané et quatre cents Toucouleurs du Toro et du Niani, qui s’étaient joints à lui, furent tués. Un grand nombre de prisonniers tomba aux mains du vainqueur.
Deux mois après, il marche contre les villages de Biramdiguy et de Leona-Famara, dans le Ferlo-Balignama. Il s’en empare sans beaucoup de résistance et les détruit complètement.
A peine rentré à Sénoudébou, il réunit encore ses guerriers et marche contre Sattico, dans le Tiali, dont les habitants ne voulaient pas reconnaître son autorité. Le village fut pris d’assaut et ses guerriers massacrés.
Vers le mois de mars, il attaque Talicori, dans le Tenda, et s’en empare sans coup férir. Les Malinkés qui l’habitaient ne résistèrent même pas. Les deux frères du chef perdirent la vie dans cette journée. Boubakar revint à Sénoudébou avec un riche butin, composé principalement de captifs et d’étoffes du pays. Dans cette expédition, il fut aidé par son allié Sambala, roi du Khasso, qui lui avait amené un fort contingent.
Dans le courant de septembre, Sambala ayant eu à se plaindre de la conduite de Banga, frère de Bougoul, chef de Farabanna, envoya prier Boubakar-Saada de lui prêter main-forte. Celui-ci, ne se souvenant plus du traité qui le liait à Bougoul, et encore bien moins des services que celui-ci lui avait rendus au cours de sa lutte contre El-Hadj, ne laissa pas échapper une aussi belle occasion de faire une riche razzia. Il rejoignit donc Sambala avec tous ses guerriers, et, plus heureux que ses prédécesseurs, il s’empara de Farabanna, qui fut pillé et livré aux flammes. Banga fut tué dans cette journée.
Dans le commencement de l’année 1861, Boubakar se mit de nouveau à la tête de ses guerriers et, sans autre motif que celui de piller, marcha contre le village de Kakadian, dans le Niagala. Il en prit une partie, mais ne put s’y maintenir. Des secours étant arrivés aux assiégés, il dut battre en retraite et rentrer en toute hâte à Sénoudébou. — Peu après, pour effacer les traces de cette défaite, il se mit de nouveau en campagne et tomba sur Diangounté, dans le Niagala, qu’il pilla et détruisit complètement. — Vers le mois de novembre de cette même année, il crut devoir marcher contre le village de Marougou, dans le Sirimana, qu’il accusait d’avoir pillé ses sujets. Cette expédition ne fut pas heureuse. Il fut battu à plate couture par les Malinkés et laissa bon nombre des siens sur le carreau. Il fut même obligé d’abandonner ses blessés. Au nombre de ceux-ci, se trouvait un de ses cousins, nommé Ahmady-Sôma, qui avait été laissé pour mort sur le champ de bataille. Il n’était qu’évanoui. Vers neuf heures du soir, les habitants de Marougou revinrent de la brousse où ils avaient poursuivi Boubakar. Heureux d’être délivrés des bandes de l’almamy, ils rentraient dans leur village en poussant des cris de joie, tirant des coups de fusil et au son du tam-tam. Tout ce bruit tira Ahmady-Sôma de son évanouissement. A la faveur des ténèbres, il put échapper aux Malinkés et, le lendemain, rejoignit Boubakar sur les frontières du Bondou.
En 1862, c’est de nouveau contre le Tenda que Boubakar dirige ses coups. Le village de Guénou-Dialla, surpris, fut pris d’assaut, pillé, incendié, et Boubakar en emmena les femmes et les enfants en captivité dans le Bondou. — En décembre de la même année, nouvelle campagne contre le Tenda. Cette fois, c’est Sittaouma qui est l’objectif de l’almamy. Il s’en empare aisément et y fait un riche butin, consistant surtout en captifs et en bœufs.
En février 1863, Bokko, village du Diaka, tributaire du Bondou, crut devoir méconnaître l’autorité de l’almamy. Boubakar envoya une colonne contre lui. Bokko fut détruit et sa population emmenée en captivité.
Au mois de novembre, nouvelle campagne. C’est à Tamba-Counda, gros village du Ouli, que Boubakar en veut cette fois. Mais ne se sentant pas en force pour le réduire, il eut recours à ses alliés du Khasso, du Logo, du Natiaga et même du Fouta. Malgré cela, il ne put en avoir raison, et, honteusement battu, n’eut que le temps de fuir pour échapper aux Malinkés.