Au mois de septembre, nouvelle expédition contre le Tenda. Il va attaquer Goundiourou, dont le chef avait pillé les caravanes du Bondou. Goundiourou tomba en son pouvoir, et femmes et enfants furent conduits à Sénoudébou.

Dans la première quinzaine de janvier 1872, le massa de Kataba (Niani) vint lui demander de lui prêter main-forte contre quelques-uns de ses villages qui refusaient de lui obéir. Boubakar fit alors appel à ses alliés, et marcha avec eux contre les rebelles. Le village de Carantaba, dont les habitants étaient les plus hostiles, tomba sous les coups des alliés, qui y firent un grand nombre de prisonniers.

Au mois d’octobre de la même année, il alla attaquer Colibentan (Niani), dont les habitants avaient, eux aussi, méconnu l’autorité du massa de Kataba, et, après Carantaba, avaient attaqué Boubakar. Il marcha contre eux avec toutes les forces qu’il put réunir ; mais il fut complètement battu, et se retira en laissant bon nombre de ses guerriers sur le champ de bataille, parmi lesquels Couty-Filly-Fé, un des chefs du Niagala, et Boubakar-Oumar-Koly, un de ses hommes de confiance.

Dans les derniers jours de l’année, Abdoul-Boubakar, chef du Bosséa, avait eu des démêlés avec Elféky, chef du Damga, et notamment avec Boubou-Ciré, frère d’Elféky, qui n’avait jamais pu s’entendre avec Abdoul. Celui-ci avait levé une armée de quelques centaines d’hommes, et avait marché contre le Damga ; mais il fut battu par Boubou-Ciré à Diovadou. Ce fut alors que le chef du Bosséa vint demander aide et secours à Boubakar, son parent, car il était marié depuis quelque temps déjà avec la fille aînée d’Ahmady-Saada, frère de Boubakar. Elle se nommait Guiba.

Boubakar fit alors appel à tous ses guerriers, et, dans les premiers jours de 1873, il quitta Sénoudébou pour aller au secours de son neveu par alliance. Il vint camper à Bordé, dans le Lèze-Bondou, et, pendant trois mois, il ne cessa d’envoyer des émissaires à Boubou-Ciré et à Elféky pour les exhorter à revenir à de meilleurs sentiments et à se reconcilier avec Abdoul-Boubakar. Les deux chefs du Damga s’y refusèrent, et Boubakar-Saada se décida à marcher contre eux, malgré l’avis des notables du Bondou et d’Oumar-Penda, son frère, qui voulaient temporiser.

A la frontière du Guoy, les Bondoukés ne purent franchir le marigot de Guérol. Ils furent vigoureusement assaillis par les guerriers d’Elféky et de Boubou-Ciré. Le combat dura environ deux heures, et fut des plus meurtriers. Abdoul-Boubakar et Boubakar-Saada furent complètement battus. L’almamy du Bondou, cerné et séparé de son allié, dut s’enfuir vers le fleuve. Poursuivi par l’ennemi, il put cependant le passer à gué. Mais arrivé sur la rive droite, son cheval s’embourba, et il fut forcé de l’abandonner. Un de ses hommes lui donna le sien, et il parvint à s’échapper et à regagner la rive gauche à la hauteur de N’Diawara.

Dans le courant de septembre, il fut encore obligé, pour la troisième fois, d’envoyer une colonne contre Sandicounda (Tenda). Commandée par Saada-Ahmady, elle vint cerner le village dès le point du jour et s’en empara sans coup férir. Presque tous les défenseurs furent tués, et parmi eux Barka, le chef du village.

Enfin, au mois de novembre, Boubakar battit encore le tam-tam de guerre et réunit de nouveau ses guerriers. Il forma une colonne dont il donna le commandement à son fils préféré, Ousman-Gassy, et le chargea d’aller punir le village de Kotiar (Ouli), dont les habitants, des Fadoubés, venaient de piller des caravanes de Dioulas, du Bondou. Ousman-Gassy s’empara aisément du village, qui fut complètement détruit. La population fut réduite en captivité et en grande partie vendue.

En 1874, au mois de mars, il envoya de nouveau son fils Ousman-Gassy contre Sittaouma, qui venait de se reconstruire. Ousman fut reçu par une vive fusillade. Il parvint cependant à pénétrer dans le village et à y faire quelques prisonniers ; mais il en fut vivement chassé par les défenseurs, retirés dans le tata du chef. Il perdit un grand nombre de guerriers dans cette affaire, et parmi eux le chef de Dalafine (Tiali). Il parvint cependant à ramener quelques captifs à Sénoudébou.

Dans les premiers jours de 1875, Boubakar, en personne, allait encore attaquer Marougoucoto, sur la rive gauche de la Haute-Gambie. Il avait pour cette circonstance appelé à son aide ses alliés du Gadiaga, du Khasso et du Logo. L’armée coalisée traversa la Gambie au gué de Tomborocoto et vint tomber sur Marougoucoto. Mais les habitants, prévenus, se tenaient sur leurs gardes. Ils étaient sortis du village et étaient allés camper en face, sur les hauteurs qui dominent la route, afin de disputer le passage à Boubakar. Attaqué avec vigueur, il fut forcé de battre en retraite. L’armée se débanda et se rua vers le gué, poursuivie à outrance par les gens de Marougoucoto et leurs alliés. C’est à peine si les fuyards purent le franchir, et encore leur fallut-il essuyer le feu des ennemis, embusqués dans les rochers des collines environnantes. Boubakar et Ousman-Gassy ne purent, malgré leurs efforts, arriver à rallier leurs hommes, et furent obligés de s’enfuir pour échapper aux balles ennemies.