Dans cette journée, Boubakar perdit environ deux cents hommes, parmi lesquels un de ses neveux, Sidi-Ahmady-Salif, de la branche de Koussan-Almamy, et un des captifs de la couronne qu’il affectionnait le plus, Saada-Samba-Yassa.

Dans le courant du mois d’août, Boubakar envoyait encore des guerriers, commandés par un des captifs de la couronne, contre le village de Diangounté (Niagala). Il fut emporté, et les villages voisins vinrent faire leur soumission.

Dans la première quinzaine de décembre de la même année, Makane-Koulonko, chef de Lanel (Kaméra), était venu demander secours à Boubakar contre le chef de Kotéra, Allimana, avec lequel il était en désaccord depuis quelque temps au sujet de terrains. Boubakar fit faire à Allimana des propositions d’arrangement que ce dernier accepta. Il envoya même à l’almamy du Bondou des cadeaux que celui-ci n’eut garde de refuser. Mais Makane tenait absolument à aller attaquer Kotéra, ne fût-ce que pour humilier son ennemi. Boubakar alla donc camper avec ses hommes à Gatiari, sur la rive droite de la Falémé, et n’en continua pas moins à entretenir de bonnes relations avec Allimana et à recevoir ses cadeaux. Mais, un beau jour, il envoya contre Kotéra une bande de deux ou trois cents cavaliers sous la conduite d’Ousman-Gassy. Arrivé dans la plaine au centre de laquelle s’élève, sur un petit monticule, le village de Kotéra, Ousman lança ses troupes, qui arrivèrent jusqu’aux portes du village, enlevèrent quelques bœufs, mais ne purent entrer dans le tata. Les Bondounkés, battus, furent obligés de s’enfuir, poursuivis à outrance par les défenseurs de Kotéra, qui leur firent subir des pertes sérieuses.

Au mois de mars 1876, Boubakar, voulant venger la défaite de son fils, partit encore à la tête de ses guerriers et marcha contre Kotéra. Il vint d’abord camper à Lanel, et de là se dirigea sur ce village, qu’il bloqua étroitement. Trois fois il marcha à l’assaut, et trois fois il fut repoussé avec de grandes pertes. Obligé de battre en retraite dans le plus grand désordre, il n’eut que le temps de s’enfuir à toute bride pour échapper à l’ennemi. Boubakar passa l’hivernage de cette année à Médine, et, vers le mois d’août, vint attaquer Gakoura, dans le Kaméra. Il s’en empara et le dévasta complètement.

En 1877, Boubakar, criblé de dettes, ne pouvait même plus acheter la poudre et les armes nécessaires à ses guerriers. Cette année-là, il alla attaquer le village de Sabouciré, dans le Bambouck, sous prétexte qu’il avait donné asile à un pillard fameux nommé Maby-Diaoua. Sabouciré fut pris et détruit, mais le butin que Boubakar y fit ne suffit pas à ses besoins.

Mais les Sissibés étaient mécontents de leur almamy, dont le despotisme avait atteint les dernières limites. En outre, il ne pouvait satisfaire à leur soif insatiable de richesses, dont ils ne savaient cependant pas profiter. Il résolut alors de les mener de nouveau à quelque pillage.

Le Niani, province située à l’ouest du Ouli, sur les bords mêmes de la Gambie, avait donné asile à des habitants du Ferlo fuyant le joug de l’almamy du Bondou. Il exerçait aussi de fréquents pillages sur les villages du Ouli et du Ferlo. Ce fut ce qui, quelques mois plus tard, devait servir de prétexte à Boubakar pour entreprendre la conquête de ce pays, dont il rêvait de faire avec le Ouli un royaume qu’il destinait à son fils Ousman-Gassy, trouvant que le Bondou n’était pas assez vaste pour eux deux. A cet effet, il expédia ce dernier à Alpha-Molo, roi du Fouladougou, afin de conclure un traité d’alliance avec lui.

Ousman-Gassy se mit en route au mois de mars 1878 avec quelques guerriers. Il se dirigea droit sur la Gambie en traversant le Sandougou. En passant devant Toubacouta, il intimida le chef de ce village, marabout fameux qui se nommait Simotto-Moro, qui, pour l’éloigner, lui donna quelques captifs. Ousman traversa alors la Gambie, et arriva dans le Fouladougou, où il passa l’hivernage. Il conclut alors avec Alpha-Molo un traité par lequel celui-ci s’engageait à prêter main-forte à Boubakar à la condition qu’il l’aidât à soumettre d’abord les pays qui ne voulaient pas reconnaître sa domination.

Boubakar, dès qu’il connut les clauses de ce traité, partit de Sénoudébou dans les premiers jours de décembre 1878. Il passa la Gambie avec ses troupes à hauteur de Gaïada, à un gué nommé Dioudé-Gaoudi, dans les premiers jours de 1879, pour aller rejoindre son nouvel allié. Mais arrivé dans le Kantora, il y fit la rencontre de cavaliers d’Alpha-Ibrahima, chef de Labé, qui se trouvait à Kadé (Ghabou) depuis quelques années pour soumettre ce pays. Alpha-Ibrahima faisait prier l’almamy du Bondou de revenir lui prêter main-forte pour marcher contre Couttang, dont les habitants lui étaient toujours hostiles. Boubakar conclut alors avec lui une alliance offensive et défensive, et se dirigea sur Kadé, d’où les deux armées marchèrent sur Couttang, qui fut pris après une vive résistance. Mais les alliés perdirent environ deux à trois cents hommes, tués ou faits prisonniers. Ce fut Ousman-Gassy, que son père avait rappelé du Fouladougou, qui décida de la victoire. Aussi Alpha-Ibrahima, en reconnaissance, lui donna-t-il en mariage sa propre fille. Le mariage eut lieu le jour même de la bataille. Ils soumirent tout le reste du pays et s’emparèrent d’un grand nombre de villages où ils trouvèrent des quantités de bœufs et quelques centaines de captifs. Alpha-Molo s’était joint à eux et avait conclu une alliance dans les mêmes conditions que celle qui les unissait. Tous les Badiars furent donc soumis à Alpha-Ibrahima, et l’armée de la triple alliance songea dès lors à réduire les ennemis d’Alpha-Molo, puis ceux de Boubakar-Saada.

Les trois rois noirs se mirent en marche vers le Fouladougou en 1879. De là, ils marchèrent sur Diara-Carantaba, dans le Diamarou. Ils s’en emparèrent sans coup férir. Ils prirent de même Kanimenko et deux autres villages, et rentrèrent dans le Fouladougou vers la fin de mai.