La malheureuse Penda se laissa entraîner par le charme et la beauté de son amant, et abandonna celle qui lui avait donné le jour.

Dès que sa proie fut enfin en son pouvoir, le génie, dépouillant ses formes séduisantes, reprit sa nature primitive, celle d’un gros caïman au ventre vert. Aux palais enchantés qu’avait rêvés la douce Penda, succédèrent des cavernes noires et fétides, et à la douce voix de ses compagnes et de ses captives succéda le croassement des hideux habitants des ondes profondes.

En vain la pauvre Africaine demande pardon et appelle sa mère, tout reste sourd à ses prières.

Une oreille compatissante entendit cependant ses gémissements et lui dit d’une voix mystérieuse : « La puissance de ton époux n’est point aussi absolue que tu le crois ; elle échoue devant la fermeté et l’énergie de celles qui tombent victimes de ses pièges. Mais, hélas ! infortunée, le secret que je t’apprends là ne te sauvera qu’à demi, car je ne puis rien contre les vengeances de Golaksala (c’était le nom du génie) et elles sont terribles. En lui résistant, tu parviendras bien à te soustraire à ses odieuses assiduités, mais tu perdras ta forme gracieuse et tu seras changée en rocher. Telle est la volonté du destin. Choisis et hâte-toi. »

La jeune fille accueillit avec empressement le changement, qui devait apporter un remède à ses malheurs, et, malgré les prières et les supplications de son époux, elle resta ferme dans sa volonté.

Dès lors s’accomplit sa malheureuse destinée. Le lendemain, les habitants de Balou apercevaient un énorme bloc de quartz qui domine le groupe de rochers noirs qui baigne ses pieds dans la rivière.

Mais restée visible pour son époux, celui-ci éprouva toujours pour elle un violent amour. Elle se débat, elle repousse le monstre. Pendant ce temps une tempête éclate, le ciel est gris, le vent souffle avec furie, et le tonnerre gronde. Les flots, soulevés avec force, vont se briser en écumant sur les pieds du rocher. Les habitants consternés prient et attendent avec anxiété la fin de cette tourmente.

Lors de la visite de Golaksala à Penda-Balou, il était toujours arrivé, racontent les anciens du village, qu’une jeune fille et un jeune homme disparaissaient du village. C’est là une tradition qui s’est longtemps transmise de père en fils.

Balou semblait voué à tout jamais à ce triste sort par la cruauté du génie Golaksala, lorsqu’un jeune pèlerin, venant de faire ses dévotions à La Mecque, passa dans le village, et touché des malheurs qui affligeaient ses habitants, recommanda le jeûne et la prière, écrivit des amulettes et ordonna de faire des offrandes. Les prescriptions de ce saint marabout furent religieusement observées, et depuis lors cessèrent les mystérieuses disparitions des jeunes gens, sauf dans quelques rares exceptions où la population avait commis quelque écart de conduite, et perdu par là la protection qu’elle avait obtenue, sur les prières du pieux pèlerin.

Dans le Bondou, la Falémé reçoit sur sa rive droite de nombreux marigots, en général de peu d’importance. Mais, avant d’en donner l’énumération, disons en quelques mots ce que l’on entend par cette expression de marigot. On désigne ainsi la plus grande partie des affluents des grands fleuves de la côte occidentale d’Afrique. Ce ne sont pas, en réalité, des affluents véritables ; et ils diffèrent profondément des rivières et ruisseaux. Le régime de leurs eaux est, en effet, tout différent. Ils n’ont pas, en général, de sources qui leur soient propres. Ce sont plutôt des déversoirs du fleuve ou rivière dont ils sont tributaires. Au début de la saison des pluies, ils amènent les eaux de l’intérieur dans le cours d’eau principal. Pendant les hautes eaux, ils en reçoivent le trop-plein. Leur courant est alors dirigé du fleuve ou de la rivière vers l’intérieur des terres. Pendant la saison sèche, au contraire, ils se déversent dans le cours d’eau au bassin duquel ils appartiennent. Leur courant est alors dirigé en sens inverse que précédemment. Certains conservent dans les parties basses de leur lit de fortes quantités d’eau et forment ainsi de vastes réservoirs qui sont autant de foyers d’infection palustre. Sur la rive droite de la Falémé, il en est quelques-uns qui proviennent de sources trop faibles pour alimenter leur cours et forment aussi de vastes réservoirs qui ne tarissent jamais sur une longueur de 2 à 3 kilomètres. Ceux-ci proviennent surtout des montagnes. Mais d’une façon générale, on peut dire que les marigots sont absolument taris dans la plus grande partie de leur cours, pendant la saison sèche. Comme le disent fort exactement les indigènes, en cette dernière saison ils sont « vides », tandis que, pendant l’hivernage, ils sont « pleins ».