Un peu en aval de Dialiguel se trouvent les roches de Djurkel. Ce sont d’énormes blocs de quartz qui s’élèvent au milieu du fleuve et autour desquelles le courant est assez violent.

Dialiguel est le dernier village du Bondou que l’on rencontre en descendant la Falémé. A douze kilomètres de là, la rivière coule alors entre le Guoy et le Kamera pendant dix kilomètres et se jette dans le Sénégal entre Aroundou et Goutioubé, en face du gros village de Dioukountourou qui se trouve dans le Guidimakha.

A peu de distance de la frontière se trouve le petit village de Balou dont la population formée de Sarracolés est d’environ 350 habitants. Au pied de ce village s’étend un grand banc de roches qui barre une partie de la rivière sur la rive gauche, tandis que sur la droite s’avance un banc de sable, ne laissant entre eux qu’un passage de 3 mètres de large. Pendant les hautes eaux, tous ces bancs et rochers sont submergés et forment des écueils dangereux pour la navigation.

Ces rochers sont l’objet d’une légende fort connue dans tout le Guoy, le Kaméra et le Bondou. On les désigne sous le nom de Penda-Balou, du nom de l’héroïne dont nous allons conter ici les aventures ; car, suivant les récits des griots, elles se passèrent à l’époque où Balou appartenait aux almamys du Bondou. Comme Lamartiny, nous empruntons cette relation à Raffenel ; elle nous a été, du reste, contée dans tous ses détails par les griots de Sénoudébou.

Penda-Balou était autrefois une princesse d’une rare beauté qui suivait la loi du prophète avec une irréprochable fidélité. Elle était bonne, généreuse et sensible.

D’une modestie rare, elle choisissait, pour faire le bien et aller consoler les malheureux, le moment où le tam-tam et la flûte appelaient les jeunes filles à la danse sous le grand tamarinier du village. Elle se montrait rarement dans les réunions dont elle était la reine et par sa beauté et par ses vertus.

Souvent elle allait s’asseoir sur une pointe de ces noirs rochers et aimait à s’y laisser rêver au doux souffle de la brise.

Refusant toutes les demandes en mariage qu’elle et sa mère recevaient tous les jours, malgré les avantages qu’elles pouvaient offrir : ses nombreux prétendants disaient que Penda-Balou était fiancée à quelque génie malfaisant.

Hélas ! c’était vrai : la pauvre Penda était devenue amoureuse d’un génie qu’elle voyait seule, et qui, sous la forme d’un beau jeune homme, lui avait raconté les choses les plus séduisantes et les plus propres à inspirer l’amour.

Ses visites se renouvelaient souvent au rocher ; mais son amant devenant plus pressant et plus passionné, elle se décida à en parler à sa mère pour lui demander de la laisser épouser celui qu’elle aimait. Mais sa mère, s’attachant à elle, jura qu’elle ne consentirait jamais à une union qui devait la séparer éternellement de sa fille (car telle était la condition du génie).