Qui sait? Sans eux, peut-être, le sort du monde eût été changé. Mais, tel qu'il va être orienté pendant un siècle, il est le résultat, pour l'Amérique, pour l'Europe, de la bataille de la Nouvelle-Orléans et de la bataille de Waterloo.

Durant toute l'année 1814, les négociations furent difficultueuses entre les États-Unis et l'Angleterre. Elles traînèrent en longueur et lord Castlereagh eut à partager son attention entre les graves questions à discuter au milieu de tout l'appareil des fêtes et des plaisirs du Congrès de Vienne et les questions dont l'importance était plutôt indifférente au grand public et devaient être discutées à l'Hôtel plus modeste des Pays-Bas, à Gand.

Mais là aussi les diplomates réunis sentaient le contre-coup de ce qui se passait à Vienne et à Paris. L'opinion publique en Angleterre en fut, à son tour, influencée. La guerre devenait impopulaire et on demandait la paix. Seulement au mois de février 1815, la Favorite, portant les propositions préliminaires, fut en vue des côtes américaines.

À ce moment, on craignait toujours, dans le cabinet de Washington, la perte de la Nouvelle-Orléans, quand on apprit, le 4 février, que l'invasion anglaise était repoussée et que la Nouvelle-Orléans était sauvée, ce fut une joie d'autant plus grande, dans le parti républicain, qu'on ne s'attendait pas à cette victoire et que les Fédéralistes comptaient exploiter une situation indécise.

On se rappelle que, dès le début de la guerre, l'Angleterre avait décliné les offres d'intermédiaires de l'Empereur Alexandre auprès du gouvernement américain. En novembre 1814, Castlereagh avait proposé d'ouvrir des négociations directes et Madison ayant accepté, adjoignit Henri Clay et Jonathan Russell à Bayard et Gallatin. L'abdication de Napoléon avait plutôt compliqué la situation de la Délégation américaine. Ce fut à ce moment qu'on convint de se réunir à Gand.

Les commissaires anglais furent le vice-amiral Gambier, Henry Goulburn, du Ministère des Colonies et William Adams, un avocat de l'amirauté, tous agents d'une habileté médiocre, de manières hautaines, auxquels leur gouvernement avait laissé si peu d'initiative qu'ils étaient obligés d'y avoir recours pour décider la moindre contestation. Les Américains leur étaient supérieurs en talents et en moyens d'action. Ils exposèrent et défendirent les justes revendications de leur patrie avec une patience à laquelle il faut rendre hommage. La seule critique à adresser, par exemple, à Adams et à Clay, pourrait se rapporter à leur caractère passionné et impulsif qui, par des écarts de langage et d'attitude, compromit parfois le succès des débats que le sang-froid de Gallatin parvint heureusement à diriger dans le sens voulu.

Les commissaires anglais avaient à traiter: 1o la question de la presse des matelots,—2o la pacification des Indiens et la nécessité de leur assigner un territoire déterminé,—3o la révision de la ligne frontière entre les États-Unis et les Colonies Anglaises,—4o la question des pêcheries.

Les Américains firent savoir qu'ils étaient autorisés à discuter la première et la troisième de ces questions, mais qu'ils ne l'étaient nullement en ce qui concernait la pacification des Indiens et les pêcheries.

Assigner un territoire déterminé aux Indiens aboutissait à des conséquences graves pour les Américains: c'était retirer toutes leurs forces navales des Lacs, supprimer toutes les fortifications qui s'y trouvaient et céder les étendues du Maine entre le nouveau Brunswick et Québec pour être incorporées au Canada. Ils se refusèrent à discuter sur de telles bases dont l'admission équivalait à renoncer à toute indépendance nationale.

Castlereagh, passant par Gand pour se rendre à Vienne, comprit que les exigences de son gouvernement étaient trop élevées et il y mit une sourdine, sous peine de voir rompre les pourparlers.