Carus amicus Mussæus,
Ah! Deus bone! quod tempus!
Lon lan la derirette.
Imbre sumus perituri,
Landeriri.

Ce à quoi le marquis de La Moussaie, encore meilleur latiniste que le prince, répondit, sur le même air:

Securæ sunt nostræ vitæ,
Sumus enim Sodomitæ,
Lan lan la derirette,
Igne tantùm perituri,
Landeriri
.

Le marquis de La Moussaie avait fait probablement ses humanités avec le prince.

Cette pièce, extraite d'un recueil de chansons historiques faites depuis 1617 jusqu'en 1725, c'est-à-dire depuis la régence de Marie de Médicis jusqu'après celle du duc d'Orléans, le règne de Louis XIV y compris, n'avait pas été publiée que je sache. Elle méritait de l'être, sous ce rapport qu'elle peint le caractère des hommes qui alors donnaient le ton à la ville et à la cour, et pour qui fut inventé le sobriquet de petits-maîtres, et sous ce rapport aussi qu'elle donne une idée des moeurs de ces ambitieux qui par ce dévergondage préludaient à celui de la Fronde.

De plus, rien ne prouve comme le volumineux manuscrit sur lequel je l'ai copiée avec la plus scrupuleuse exactitude, que, sous les rois les plus absolus, le gouvernement français était vraiment une monarchie tempérée par des chansons, et peut-être aussi que les faits les plus graves trouvent autant de parodistes que de panégyristes.

Puisque nous sommes encore sur le Rhône, qu'on me permette de le remonter jusqu'à Lyon, et d'y ramener un moment le lecteur. J'ai parlé des inscriptions qui ornaient les cénotaphes de gazon élevés dans les Broteaux[14] par les Lyonnais à la mémoire de ceux de leurs concitoyens morts pendant le siége, ou à la suite du siège, soit sur le champ de bataille, soit sur l'échafaud, victimes de la cause commune. Voici ces inscriptions qu'une dame, témoin des malheurs qu'elles rappellent, nous a tout récemment procurées. Parmi ces pièces, toutes quatre empreintes du même sentiment, il en est une surtout, la dernière, qui porte le cachet d'un talent véritable. Je me rangerais volontiers de l'opinion qui l'attribue à M. Fontanes.

I.

Lyonnais[15], venez souvent sur ce triste rivage
À vos amis répéter vos adieux;
Ils vous ont légué leur courage:
Sachez vivre et mourir comme eux.

II.