Dans les sables de l'Égypte, l'aventurier qui, sous le nom de l'ange Elmody, souleva les fanatiques du Delta, s'en servit habilement aussi: il faisait suivre ses soldats par une troupe de paysans qui, pour toute arme, n'avaient qu'une pelle avec laquelle ils agitaient le sable. D'autres cependant mettaient le feu aux récoltes, et le vent, sous la protection duquel l'ange avait soin de se ranger, chassait du côte des Français ces colonnes de poussière et de fumée. Voilà ce qui s'appelle jeter de la poudre aux yeux.
À propos, quelle est l'origine de ce proverbe? n'aurait-il pas pris naissance dans les camps?
Le chevalier de Bouflers me contait qu'autrefois à l'armée on jugeait de loin au volume du tourbillon de poudre (c'était le mot consacré) qu'élevait un groupe de cavaliers, du grade de l'officier que ce groupe accompagnait sur la ligne. Poudre de maréchal-de-camp, disait-on, poudre de lieutenant-général, poudre de général. Ce n'était pas raisonner absolument mal, le cortège d'un officier supérieur étant proportionné en nombre à l'importance de son grade.
Cependant on peut être induit en erreur par cet indice, et prendre des animaux pour des hommes et des troupeaux pour des troupes, comme cela est arrivé à Don Quichotte, qui à la vérité s'est trompé quelquefois plus lourdement. Un faquin entouré de goujats peut faire autant de poudre qu'un maréchal de France. Quand on y était pris, ce drôle nous a jeté de la poudre aux yeux, disait-on.
On disait aussi dans ce sens poudre de maréchal, ce qui est autre chose que poudre à la maréchale, autre espèce de poudre dont l'invention est attribuée au maréchal de Richelieu, qui a aussi l'honneur d'avoir donné son nom à une nouvelle espèce de boudin.
Une poudre plus fameuse encore, mais que ce héros n'a pas inventée, c'est ce mélange de soufre, de nitre et de charbon, à l'aide duquel les nations civilisées se foudroient à une lieue, et grâce auquel on tue, à cent pas, un lapin ou un homme. À qui appartient l'honneur ou l'horreur de cette découverte que deux moines se disputent, qu'on attribue aux Chinois, et que réclament les Barbaresques? Nous n'entreprendrons pas de décider cette question. Il nous serait plus facile de désigner les gens qui n'ont pas inventé la poudre; mais employer notre temps et notre papier à cette énumération, ce serait tirer sa poudre aux moineaux.
Je ne sais sur quelle tombe on lit cette épitaphe composée par Pons de
Verdun:
Ci-git le bon monsieur des Coudres,
Renommé pour sa pesanteur:
S'il eut un emploi dans les poudres,
Ce ne fut pas comme inventeur.
Si des moines ont inventé la poudre qui a fait révolution dans l'art de la guerre, c'est à des nones qu'on doit la poudre qui a fait révolution dans l'art de la toilette.
En 1593, écrivait Pierre de l'Étoile, on vit à Paris des religieuses se promener poudrées et frisées. La poudre remplaçait-elle sur leurs têtes dévotes les cendres de la pénitence?