La poudre passa des cellules dans les cabinets de toilette, mais ce ne fut pas tout de suite. Porter de la poudre dans les premiers temps, c'était s'afficher pour un homme à bonnes fortunes. «Le duc de Retz, dit le président Bouhier, ayant un jour les cheveux très-frisés et tres-poudrés, M. de Luynes lui dit en l'abordant, qu'on voyait bien qu'il avait une maîtresse[17].

Il fallut plus d'un siècle pour mettre la poudre à la mode. Quelques élégans l'avaient adoptée sous Louis XIII, à en juger par ce vers de Scarron:

Maint poudré qui n'a pas d'argent.

Vers la fin du règne de Louis XIV, l'usage de la poudre s'introduisait à la cour, si l'on en juge par ce passage de Saint-Simon (tome VI, chap. 32): «Monseigneur l'alla chercher (le duc de Bourgogne), et revint disant qu'il se poudrait

Mais ce n'est que sous la régence, quand le jeune duc de Richelieu donnait le ton, que la poudre devint d'usage général. On y avait long-temps répugne comme à l'émétique; on avait repoussé cette invention frivole avec autant d'opiniâtreté que si c'eût été une découverte utile. Quoique Louis XIV ne l'ait pas adoptée dans sa vieillesse, je gagerais que l'adoption de cette mode, qui blanchissait toutes les têtes, fut favorisée par plus d'un ci-devant jeune homme. Plus d'un personnage qui la décriait, il y a vingt-cinq ans, voudrait bien la remettre en honneur aujourd'hui.

Des villes, la poudre passa dans les villages. Un poëte en capuchon s'en plaint dans une églogue qui fut mentionnée honorablement en 1784 par l'Académie française.

De nos jours on étage, on plisse les cheveux.
Par le ciel destinée à de meilleurs usages,
Une poussière utile affadit les visages.
Comme de nos besoins la vanité se rit!
La farine vous poudre et le son vous nourrit.

DOM GÉRARD.

Quelques uns ont cru que l'usage de la poudre venait de Pologne, où l'on s'en servait, disent-ils, pour cacher les effets d'une maladie qui là s'attache aux cheveux, la plica polonica. Ne nous aurait-elle pas été rapportée de ce pays par Henri de Valois? Autant vaut en attribuer l'origine à la coquetterie des Ursulines ou des Visitandines.

Après la révolution du 10 thermidor, la poudre faillit allumer à Paris une guerre civile. Les gens qui en portaient tombaient à grands coups de bâtons sur les gens qui n'en portaient pas, et réciproquement, comme disent les mathématiciens. Il y eut bien des têtes de fêlées, bien des bras de cassés avant qu'on entendît raison, et qu'on en vint de part et d'autre à reconnaître que l'adoption d'une mode pouvait, à toute force, n'être pas une manifestation d'opinion.