(Ici se trouve consigné le fait dont on a rendu compte dans le chapitre auquel se rattache cette note. La lettre se terminait ainsi:)

Je me plais à croire que vous ne trouverez rien, dans ma conduite, qui ne convienne à un homme que vous avez chargé de représenter notre nation, à qui vous avez donné le droit d'être si fière.

Demain nous traverserons les Apennins pour nous rendre, par Bologne et par Ferrare, à Padoue. De là j'irai rejoindre Regnault de Saint-Jean-d'Angély à Venise, d'où nous irons ensemble à Passeriano, où je vous porterai un compte détaillé de ma mission.

Agréez, général, l'hommage de mon admiration et de mon respect.

ARNAULT. ]

[48: MOMORO, imprimeur et graveur en caractères. C'était un des membres les plus violens du club des Cordeliers. Arrêté en mars 1791, comme un des chefs de l'attroupement qui s'était porté au Champ-de-Mars pour y signer, sur l'autel de la patrie, une pétition par laquelle on demandait à l'Assemblée constituante la déchéance de Louis XVI, pétition à la rédaction de laquelle il avait coopéré, il fut néanmoins presque aussitôt relâché. Après le 10 août, il fit partie de la commission qui remplaça le directoire du département de la Seine. Envoyé, en 1793, par le conseil exécutif dans les provinces de l'Ouest, pour y presser la levée des bataillons, il y provoqua un tel désordre en prêchant la loi agraire, que les autorités de Lisieux le firent arrêter. Remis en liberté par ordre de la Convention, il revint à Paris, se lia d'étroite amitié avec Hébert et Chaumette, et fut un des plus ardens auteurs de la persécution que ces misérables suscitèrent contre les prêtres; il se signala aussi par son acharnement contre les Girondins; il avait été en rapports intimes avec Danton et Robespierre; mais, comme il s'était éloigné d'eux pour servir les projets de la Commune contre la Convention, ils le firent comprendre dans le décret rendu contre Hébert et autres scélérats de même espèce, avec lesquels il mourut sur l'échafaud le 4 germinal an II.

Momoro ne manquait ni de talens, ni de connaissances, ni d'esprit; mais il était absolument dénué de probité. Un littérateur de mes amis, auquel il devait de l'argent, s'étant présenté chez lui à l'échéance d'un billet qu'il avait reçu en paiement, Momoro, sans lui laisser le temps de parler, prit un pistolet et le chargea en disant: «Voilà, pour répondre à tous les porteurs de traite», et je ne sais pas si ce n'était pas avec la traite elle-même qu'il avait bourré le pistolet. Momoro était un brigand dans toute la force du terme.]

[49: La femme MOMORO vint réclamer dans mes bureaux son traitement de réforme. Alors chef de la division d'instruction publique au ministère de l'intérieur, et chargé de distribuer des secours à des gens nécessiteux, je faisais payer la pension alimentaire à de pauvres artistes, à de pauvres professeurs, à de pauvres prêtres, et même à de pauvres divinités, comme on voit.]

[50: Mlle Aubri, danseuse et figurante à l'Opéra, était remarquable par la beauté de ses formes. C'est elle qui, pendant quinze ans, sous le costume de Diane, descendait dans les nuages toutes les fois qu'elle en était requise pour le salut d'Iphigénie, soit en Aulide, soit en Tauride. En 1795, quand des énergumènes tentèrent de substituer leur paganisme au christianisme, ils la mirent en réquisition pour représenter la déesse du jour dans leur cérémonie, le rôle, au fait, était de son emploi. Ce rôle, qui se jouait terre à terre, fut moins dangereux pour elle que celui de la Gloire dont elle était aussi chargée habituellement à l'Académie de musique et de danse. Une des cordes auxquelles était suspendu le char aérien qui la portait s'étant rompue un beau soir comme elle jouait ce dernier personnage, la pauvre Gloire tomba des nues et se cassa une aile ou un bras. Pour ses services comme Gloire, Mlle Aubri obtint une pension. On ne dit pas qu'elle ait rien gagné à jouer la Raison.]

[51: Voir la page 248 du 1er volume.]