Quand Rome manquera de matière à reliques, quand ses catacombes ne lui en fourniront plus, elles peut envoyer fouiller celles de Naples. Là, il n'y a qu'à se baisser et prendre.

«Savez-vous bien que voilà dix jours que je suis emprisonné dans Naples? dis-je à Talani en sortant des catacombes. Je voudrais bien faire connaissance avec ses environs, et explorer enfin cette Campanie où chaque objet est une merveille de la nature ou de l'art, où chaque ruine vous rappelle un grand événement ou un grand homme, un souvenir de la fable ou de l'histoire.»

Il fut convenu que le lendemain, sans plus tarder, il viendrait me prendre avant le jour, de façon à ce que nous arrivassions au jour naissant à Pouzzoles, où nous laisserions notre voiture, pour gagner à pied la côte de Baja, à travers les champs Phlégréens, après avoir visité le lac d'Averne.

Mon camarade de voyage ne fut pas de la partie, quoiqu'elle eût été différée pour lui. Dès le surlendemain de notre arrivée, une fièvre continue, qu'il avait probablement rapportée de Brindisi, s'était développée avec un caractère d'autant plus alarmant, qu'elle offrait les symptômes de celle que notre cuisinier avait contractée dans le même endroit, et à laquelle ce pauvre diable venait de succomber.

Si quelque chose me rassurait sur le compte du malade, c'est qu'il était soigné par le plus habile médecin de la ville, par l'un des plus habiles médecins de l'Europe, par ce docteur Cirillo, qui doit aussi à un caractère héroïque la grande réputation qu'il a laissée.

Il n'était pas jour encore quand nous sortîmes de la grotte de Pausilippe. C'est à la lueur des torches allumées à la lampe qui brûle éternellement devant la madone protectrice de cette caverne, que nous la traversâmes au milieu d'un nuage de poussière. À qui les Napolitains sont-ils redevables de ce chemin creusé en ligne droite sous une montagne qu'autrement il leur faudrait gravir ou tourner? Ils ne le savent. Ils en jouissent comme de tous les biens qui les environnent, sans s'inquiéter d'où cela leur vient.

À Pouzzoles commença notre véritable voyage. Le soleil n'enflammait pas encore la contrée qu'il éclairait. Laissant là notre voiture, nous traversâmes lestement à pied la campagne brûlée qui sépare cette ville du lac d'Averne et du lac Lucrin, du sein duquel s'est élevé en une nuit le Monte-Novo[33].

Le lac d'Averne est un vaste entonnoir creusé par la nature ou par des convulsions volcaniques au milieu d'une chaîne circulaire de collines, que nous avions franchie sans trop de peine; la pente qui nous menait au lac est très-rapide. Je me rappelais, en la descendant quelquefois plus vite que je ne le voulais, ce passage de Virgile, qui s'est évidemment complu à décrire dans le sixième livre de l'Énéide la topographie de cette contrée,

Facilis descensus Averni[34].

Je me rappelai aussi, quand je me vis au fond de ce bassin, le passage suivant: