C'était sa chanson favorite; et comme elle la répétait souvent pendant que je mettais ma tragédie au net, il m'est arrivé plus d'une fois d'en intercaler des passages dans mes tirades. Je n'imaginais pas alors que cet enfant prendrait rang un jour parmi nos meilleurs romanciers, qu'après s'être placée dès son début par Marguerite Aimon, au niveau de l'auteur des lettres de miss Fanny Butler, elle s'élèverait à la hauteur de celui d'Amélie Mansfield par deux ouvrages où l'esprit d'observation est allié au tact le plus délicat et à la sensibilité la plus profonde, et qui, dès qu'elle croira convenable de les publier, fixeront sa place entre les auteurs qui ont le plus illustré ce genre de littérature.
Ainsi s'écoula pour moi le mois de novembre, au milieu des affections les plus douces et des plus douces occupations.
Vers le milieu d'octobre, la paix de Campo-Formio avait été conclue enfin; j'en félicitai le signataire par les vers suivans:
AU GÉNÉRAL BONAPARTE.
Aucune gloire désormais
Ne vous sera donc étrangère;
Et vous savez faire la paix
Comme vous avez fait la guerre.
Autant que l'intrépidité
Qui vengea l'honneur de la France,
J'admire au moins cette prudence
Qui lui rend sa tranquillité;
Qui dans le chemin des conquêtes
A su s'arrêter à propos,
Et préférer notre repos
À tant de palmes toutes prêtes.
L'art des illustres meurtriers
A son prix au temps où nous sommes.
J'en conviens, mais les grands guerriers
Ne sont pas toujours de grands hommes.
L'olivier, au front de Pallas
Votre modèle et votre emblème,
Avec le laurier des combats
Ne formaient qu'un seul diadème.
Ceignez ces feuillages rivaux
Que vous décernent les suffrages
De la déesse des héros;
C'était aussi celle des sages.