«Vous aurez soin de tenir un journal de toutes les opérations relatives à l'expédition dont vous faites partie, de m'écrire exactement dans toutes les occasions qui se présenteront, et surtout de m'envoyer une description politique, géographique et commerciale des îles du Levant vénitiennes.

«Vous vous entendrez, du reste, avec le général Gentili; vous vous présenterez à l'état-major, qui vous fera donner la gratification de campagne de chef de brigade et vos frais de poste jusqu'à Venise.

«BONAPARTE.» ]

[4: Voir le chap. Ier du IIe vol., page 21].

[5: LE BUCENTAURE. «On ignore, dit mon très-cher et très-regrettable confrère PIERRE DARU[6], je le désigne par les noms qu'il aimait à prendre en tête de ses ouvrages; on ignore, dit-il, l'étymologie de ce nom. Les uns le font dériver de la particule augmentative bu et de Centaure, qui était le nom d'un vaisseau fameux dans l'antiquité; d'autres y reconnaissent le vaisseau d'Énée, qui portait le nom de bis Taurus; d'autres enfin ont cru que Bucentaurum n'était que la corruption de Ducentaurum, c'est-à-dire bâtiment à deux cents rameurs.»

C'était pour faire un acte de souveraineté que tous les ans, le jour de l'Ascension, le doge, entouré de toute la noblesse, sortait du port de Venise sur le Bucentaure, et s'avançait jusqu'à la passe du Lido, où il jetait dans la mer un anneau béni, en prononçant ces paroles: Desponsamus te, mare, in signum veri perpetuique dominii. (Mer, nous t'épousons en signe de souveraineté positive et perpétuelle.) Mariage qui, dit je crois Voltaire, comme celui d'Arlequin, n'était qu'à moitié fait, vu qu'il y manquait le consentement de la future; mariage dont les ambassadeurs de tous les souverains, et le nonce du pape lui-même, en assistant à cette cérémonie, semblaient toutefois reconnaître la validité, observe judicieusement PIERRE DARU.

Cette prise de possession, dans des formes pareilles, était une conséquence des paroles que, dans sa gratitude, le pape Alexandre III, qui avait trouvé un refuge à Venise, avait adressées au doge: «Que la mer vous soit soumise comme l'épouse l'est à son époux», lui avait-il dit en lui donnant un anneau. Le sénat de Venise prit le pape au mot, et les noces se firent. Tous les successeurs d'Alexandre ne reconnurent pas toutefois la légitimité de ce mariage. Jules II demanda même un jour à l'ambassadeur de Venise où était inscrit le contrat qui dotait la république de la propriété du golfe Adriatique? «Il est au dos de la donation du domaine de saint Pierre, faite au pape Sylvestre par Constantin», répondit Jérôme Donato.]

[6: Lisez le comte, si vous voulez.]

[7: Le Rialto.]

[8: