Je finis cette lettre chez le général Baraguey-d'Hilliers, où se trouve le général Gentili. Le départ est définitivement fixé à après-demain; d'ici à cette époque, si je remarquais quelque chose qui fût digne de votre attention, je m'empresserais de vous en instruire.

Agréez l'assurance de ma reconnaissance et de mon dévouement comme
Français.

ARNAULT.
]

[9: Capitaine d'un bâtiment dont l'équipage venait d'être massacré dans le port de Venise.]

[10:

AU GÉNÉRAL EN CHEF.

À bord de la Sensible, le 25 prairial an V (13 juin 1797.)

Les nouvelles de l'Istrie, que le général Baraguey-d'Hilliers vient de me communiquer, déterminent le général Gentili à mettre à la voile sans délai. Vous serez surpris sans doute qu'il se soit écoulé trois jours entre notre départ et notre embarquement: la lenteur avec laquelle les provisions ont été délivrées en est l'unique cause.

La mauvaise volonté des Vénitiens perce de toutes parts. Rien de ce qui était nécessaire n'avait été fourni; l'on n'en répondait pas moins aux demandes des différens officiers que tout était livré et qu'il y avait défense de rien faire de plus pour l'expédition. Voulait-on remonter à la source de cette défense, tous les comités la désavouaient, et l'on en était pour le temps perdu. Ce n'est qu'en parlant vertement, qu'en menaçant même, que le général Baraguey-d'Hilliers est parvenu à arracher les moyens insuffisans avec lesquels nous partons. On serait tenté de conclure, en rapprochant la conduite des Vénitiens et celle de l'empereur, qu'il y a intelligence secrète entre eux, et que notre expédition pourra devenir moins facile qu'elle ne le paraissait d'abord. Comptez néanmoins sur le zèle des troupes et sur l'activité prudente de celui qui les commande.

La conduite du vice-amiral Tomasi[11], sur le vaisseau duquel est monté Gentili, est à peine convenable. Il n'a pas eu honte de laisser notre vieux général passer la nuit sur une planche comme un mousse, sans lui offrir ni lit ni vivres. Il ne lui a rendu aucun honneur. Vous présumez qu'il a été fortement relevé. D'Arbois[12] s'est plaint à Gondolmer, et, depuis les ordres nouveaux de l'amiral vénitien, le vice-amiral met autant de platitude dans sa conduite qu'il y avait mis d'abord d'insolence. Ces Messieurs comptaient prendre le commandement.