Si vous adoptiez cette idée, général, la perception de ce droit serait sur-le-champ attribuée aux receveurs des autres impositions d'après les modes déjà existans.
L'occupation que me donne l'état de délabrement où sont toutes les parties de l'administration ne m'a pas empêché de faire des recherches relatives aux objets soumis à la confiscation; Je n'ai rien trouvé jusqu'à présent. Il n'y a aucun magasin appartenant aux puissances coalisées. Depuis plus d'un an, l'on n'a pas vu d'Anglais à Corfou. Le consul russe y est presque aussi misérable que le consul français, et ce n'est pas peu dire.
Je n'ai rien à ajouter pour le présent aux objets contenus dans cette lettre. Mon rapport sur les arts ne sera ni difficile ni long. Cette ville ne renferme qu'un monument élevé, dans la citadelle, au maréchal Schullembourg, qui la défendit contre les Turcs: c'est sa statue pédestre. Point de statue hors celle-là; point de tableau, point de bibliothèque: une salle de spectacle et pas d'imprimerie. La seule rareté que j'ai rencontrée est l'église de Saint-Spiridion: c'est une mine d'argent.
Le peuple est superstitieux et lâche. Le marchand de figues et le garçon boucher sont également armés: rien n'était plus commun que les assassinats; mais la corruption de l'ancien gouvernement porte à croire que leur multiplicité pouvait être également imputée aux gouvernans et aux gouvernés.
On trafiquait également de la mort et de la vie d'un homme avec le juge et l'assassin. Saint Spiridion, qui a fait encore un miracle il y a trois semaines, en opère encore, moins souvent toutefois qu'un autre saint, devant lequel tout le monde est à genoux ici: ce saint s'appelle Denaro (l'argent).
Je dois aller voir au premier jour les fameux jardins d'Alcinoüs et la pierre sur laquelle lavait Nausicaa. Je ne sais si les princesses sont à la campagne, ce qu'il y a de sûr, c'est qu'à la ville nous ne voyons guère que des blanchisseuses.
Je ne puis terminer, général, sans vous réitérer mes remercimens, et pour la mission dont vous m'avez honoré, et pour les relations où je suis avec les hommes estimables auxquels vous m'avez associé. Permettez-moi aussi de vous renouveler, ainsi qu'à Mme Bonaparte, l'assurance de ma reconnaissance et de mon entier dévouement.
ARNAULT.
P. S. Général, le général Gentili me charge de vous parler particulièrement de trois personnes: d'abord du citoyen d'Arbois, du service duquel il a beaucoup à se louer, et pour lequel il désire un grade dont il a joui il y a quatre ans, le grade d'adjudant-général. Cette faveur aplanirait d'ailleurs de petites difficultés qui s'élèvent, en fait de service, entre le commandant de la place, qui, comme chef de brigade, répugnerait à faire ses rapports au chef de l'état-major, qui n'est que chef de bataillon.
Les autres personnes sont le brave capitaine Bourdé, qui, par l'habileté de ses manoeuvres, a suppléé au bon vent qui nous a toujours manqué; et le consul français à Corfou, que sa détresse et les désagrémens qu'il a éprouvés de la part des Vénitiens rendent dignes de considération.]