S'il avait ses raisons pour compter sur son monde, nous en avions pour ne pas compter sur le nôtre. Le lendemain de l'affaire, les recrues maltaises, qui la veille servaient sous notre pavillon, étaient toutes passées sous le pavillon anglais. En traversant l'entre-pont du Sea-Horse, je les vis boire à la santé du roi Georges.]

[14: Quatre auteurs ont parlé du travail de Socrate sur Ésope:

1° Plutarque, dans le petit Traité de audiendis poetis;

2° Fl. Avianus le fabuliste, préface de ses 42 fables;

Suidas, art. SOCRATE. Voici le passage en latin: Nullo alio scripto relicto quam, ut quidam volunt, hymno in Apollinem et Dianam, et Æsopea carmina versibus scripta.

4° Platon, dans le compte qu'il rend d'une des conversations de Socrate avec ses disciples, entre sa condamnation et sa mort. Voici le texte:

«Vraiment, Socrate, interrompit Cébès, tu fais bien de m'en faire ressouvenir; car, à propos des poésies que tu as composées, des fables d'Esope que tu as mises en vers, Evenus m'a demandé par quel motif tu t'étais mis à faire des vers depuis que tu étais en prison, toi qui jusque-là n'en avais fait de ta vie.—C'était, répond Socrate, pour satisfaire à certains songes, qui dans toutes les occasions de ma vie m'ont toujours recommandé la même chose. Jusqu'ici j'avais pris cet ordre pour une simple exhortation; mais depuis ma condamnation je pensai qu'il ne fallait pas désobéir aux Dieux, et que je ne devais pas quitter la vie sans les avoir satisfaits. Je fis donc réflexion qu'un poëte, pour être vraiment poëte, ne doit pas composer des discours en vers, mais inventer des fictions; et ne me sentant pas ce talent, je me déterminai à travailler sur les fables d'Ésope, et je mis en vers celles que je savais, et qui se présentèrent les premières à ma mémoire.»

PLATON, DIALOGUE DU PHÉDON.

Oeuv. compl. vol. I, p. 136 et sqq. édit. de Deux-Ponts. ]

[15: Millevoye. Ce jeune homme avait fait de brillantes études. Il justifia dans le monde les espérances qu'il avait fait concevoir de lui dans les écoles: il remporta quatre ou cinq fois le prix de poésie dans les concours de l'Institut. Plusieurs poèmes remplis de grâce et d'esprit, et entre autres un poëme de Charlemagne, des élégies pleines de sensibilité, et écrites avec une grâce et une pureté peu commîmes, lui assurent une place au premier rang des auteurs qui ont appliqué un talent supérieur à traiter des sujets légers. Pouvait-il prendre un vol plus haut? Il y songeait, et il avait ébauché quelques scènes de tragédie, quand, à trente-quatre ans, une mort précoce le ravit aux lettres et à ses amis.]