—Ne suis-je pas heureuse, leur disois-je, d'avoir un mari si bien fait et si doux? car il ne me contredit en rien; aussi je l'aime de tout mon cœur.
—Madame, me répliquoient-ils, vous n'en méritez pas moins. Une belle dame demande un beau cavalier.
Au reste, notre maison étoit fort bien réglée; à la réserve de la petite foiblesse que j'avois de vouloir passer pour femme, on ne me pouvoit rien reprocher.
J'allois tous les jours à la messe à pied, dans un des petits couvents qui sont autour de ma maison; un laquais me portoit mes queues, et les autres un tabouret de velours noir pour m'agenouiller, et mon sac aux heures.
J'allois une fois la semaine avec monsieur le curé ou monsieur Garnier, visiter les pauvres honteux et leur faire des charités; cela me faisoit connoître dans toute la paroisse, et j'entendois les porteuses d'eau et les fruitières qui disoient assez haut derrière nous:
—Voilà une bonne dame; Dieu la bénisse!
—Pourquoi, disoit l'une un jour, quand elles sont si belles, a n'aiment qu'elles, a n'aiment point les pauvres?
Une autre fois, une vendeuse de pommes à qui j'achetai tout le devanteau pour le donner à une pauvre famille, me dit en joignant les mains:
—Dieu soit avec vous! ma bonne dame, et vous conserve encore cinquante ans aussi fraîche que vous êtes!
Ces sortes de louanges naïves font grand plaisir, et même je m'aperçus que monsieur le curé n'y étoit pas insensible: