Je me mis à ma toilette et fus bientôt couchée; j'avois bien envie d'embrasser le petit bouchon.
—Madame, me dit la vieille demoiselle, dans deux ans, ce sera la plus jolie personne de Paris.
Je la baisai trois ou quatre fois avec grand plaisir, je la mis tout entière entre mes jambes, et la caressai fort: elle n'osoit dans les commencements répondre à mes caresses, mais bientôt elle s'enhardit, et j'étois quelquefois obligé de lui dire de me laisser en repos.
J'envoyai quérir madame Durier et lui dis que je prenois Babet pour ma femme de chambre, que je voulois pourtant qu'elle apprît le métier de lingère, que trois jours par semaine elle iroit travailler à la boutique, et que les trois autres jours elle demeureroit chez moi, et iroit apprendre à coiffer; qu'elle lui donnât à dîner, mais que tous les soirs elle la renvoyât coucher au logis; cela fut exécuté fidèlement.
Je fis faire à Babet des habits un peu plus propres et quantité de linge. Mais bientôt je l'aimai de tout mon cœur; elle me suivoit partout, dans les visites et à l'église, et partout on la trouvoit fort jolie, un petit air fin et fort modeste.
Mon amitié pour elle augmentant à vue d'œil, je ne pus m'empêcher de lui faire faire des habits magnifiques et le plus beau linge de Paris; j'achetai pour elle, chez monsieur Lambert, joaillier, des boucles d'oreilles de diamants brillants, qui me coûtèrent huit cent cinquante livres; je la fis coiffer avec des rubans argent et bleu, je lui mis toujours sept ou huit petites mouches; enfin on vit bien qu'elle n'étoit plus sur le pied de femme de chambre, aussi en pris-je une qui étoit plus occupée après elle qu'après moi. Je lui demandai son nom de famille, qui se trouva assez joli; je la fis appeler Mademoiselle Dany, et on ne parla plus de Babet.
Qui pourroit exprimer sa joie quand elle se vit ainsi fêtée! Elle m'en avoit toute l'obligation, et m'en témoignoit à tout moment sa reconnoissance. Je la menois dans mon banc à Saint-Médard et la faisois asseoir auprès de moi, pour marquer le cas que j'en faisois; enfin cela alla si loin que j'aimois mieux qu'elle fût parée que moi, et sans elle, j'eusse négligé mon ajustement, mais elle en avoit assez de soin et ne songeoit qu'à me mettre quelque chose qui m'embellît.
Mademoiselle Dany me rendit bientôt toute ma belle humeur, et je recommençai à donner à souper à mes voisines; je priai un soir monsieur le curé, monsieur Garnier mon confesseur, monsieur Renard et sa femme, madame Dupuis et sa fille aînée; la cadette, qui avoit eu quelque inclination pour moi, avoit épousé un jeune homme qui avoit eu une commission auprès de Lille, où elle étoit allée avec lui.
Quand on me servit le souper, nous nous mîmes à table, mais monsieur Renard n'ayant point vu mademoiselle Dany, me demanda où elle étoit: je lui dis qu'elle souperoit dans sa chambre; tout le monde me pria de la faire venir; ils savoient bien que c'étoit me faire plaisir; je lui mandai de descendre; elle parut aussitôt, belle comme un petit ange; sa jupe et son manteau étoient de moire d'argent, la tête chargée de rubans couleur de feu, la gorge fort découverte, point de collier de perles, parce qu'elle avoit le col fort beau; je lui avois dit de mettre mes belles boucles d'oreilles et quinze ou seize mouches; je me doutois bien que, quand on ne la verroit point, on la demanderoit.
On se récria sur sa beauté; elle se mit à table et nous soupâmes; quand on eut fini, mademoiselle Dupuis tira de sa poche de grosses dragées, compta par ses doigts que nous étions huit, et me pria d'en choisir huit, ce que je fis.