Le même soir, je vis arriver la maîtresse avec la petite fille; la maîtresse vouloit s'en aller, mais je la retins; nous soupâmes tous trois. Babet n'avoit jamais mangé de perdreaux, et sa maîtresse n'en mangeoit pas souvent.
Après souper, mes gens sortirent, et je dis à la lingère:
—J'ai de l'inclination pour Babet, mais avant de m'y attacher tout à fait, je veux un peu voir comme elle est faite.
Je la fis approcher, je regardai ses dents, sa gorge qui commençoit à figurer; ses bras étoient un peu maigres.
—Madame, me dit la lingère, gardez Babet cette nuit; faites-la coucher auprès de vous, je vous réponds qu'elle est fort propre, elle couche avec moi; vous examinerez à loisir comme elle est faite.
Je trouvai qu'elle parloit bien, je gardai Babet, et envoyai un laquais quérir ses cornettes qui étoient bien simples (elle en eut bientôt de plus belles).
J'avois chez moi une vieille demoiselle qui avoit été à ma mère, et à qui je payois une pension de cent écus; je la fis venir:
—Mademoiselle, lui dis-je, voilà une fille qu'on veut me donner pour femme de chambre, mais je veux savoir auparavant si elle est bien propre. Examinez-la depuis la tête jusques aux pieds.
Elle n'en fit pas à deux fois et mit la petite fille nue comme la main (nous n'étions que nous trois); elle lui jeta seulement une robe de chambre sur les épaules. Je n'ai jamais vu un plus joli corps: une taille droite, de petites hanches, une gorge naissante blanche comme neige; elle lui remit sa chemise, et je lui dis:
—Ma mignonne, couchez-vous dans mon lit.