Je consentis à son mariage, je lui renvoyai toutes ses lettres et lui fis beaucoup de présents; mais dès que la noce fut faite, je ne la vis plus; je n'ai jamais pu souffrir les femmes mariées. Je tombai dans un grand chagrin; cela ne pouvoit pas durer, je suis fort pour la joie, et la Providence m'en envoya bientôt un nouveau sujet.

Je passois chez madame Durier, ma lingère, auprès de la Doctrine chrétienne, pour lui commander quelque chose, et j'y vis une fille qui me parut fort jolie; elle n'avoit pas plus de quinze ans, le teint beau, la bouche vermeille, les dents belles, les yeux noirs et vifs. Je demandai à ma lingère depuis quand elle avoit cette petite fille-là? Elle me dit que ce n'étoit que depuis quinze jours, qu'elle étoit orpheline, qu'elle l'avoit prise par charité, et que c'étoit sa seconde fille de boutique.

Quatre jours après, je m'y arrêtai en passant; on me dit que mon linge n'étoit pas encore prêt. Je revis la petite fille et la trouvai encore plus jolie.

Le dimanche suivant, on me dit à 9 heures (je venois de m'éveiller) que madame Durier m'envoyoit mon linge par une de ses filles; je la vis entrer et reconnus que c'étoit la petite fille. Madame Durier avoit bien vu qu'elle ne me déplaisoit pas. Je la fis approcher de mon lit, et lui dis de déployer sa marchandise, ce qu'elle fit de fort bonne grâce; je lui dis ensuite:

—Ma petite amie, approchez-vous que je vous baise.

Elle fit une profonde révérence, s'approcha et me présenta son petit bec que je baisai trois ou quatre fois.

—Seriez-vous bien aise, lui dis-je, si je voulois bien vous mettre auprès de moi dans mon dodo?

—Ce me seroit bien de l'honneur, madame, me répondit-elle: la pauvre enfant croyoit que j'étois une femme.

Je la renvoyai, et dis le lendemain à sa maîtresse que je voulois payer son apprentissage, et je lui donnai pour cela quatre cents francs. La joie de la petite Babet ne se peut point exprimer.

—Envoyez-la moi ce soir, dis-je à sa maîtresse, elle soupera avec moi; je veux un peu examiner comment elle est faite, avant de lui faire plus de bien.