—Je n'en suis point jalouse, dit la lieutenante générale, pourvu que la mienne ait son tour.
—Comme il vous plaira, leur dis-je; je les aime fort toutes deux, et serai ravie de leur rendre un petit service.
Il fut résolu que mademoiselle de la Grise demeureroit chez moi, et que mademoiselle du Coudray y viendroit après faire le même apprentissage.
Ces dames s'en retournèrent à Bourges, et dès le soir on apporta à mademoiselle de la Grise ses coiffures et du linge. J'envoyai chercher monsieur le curé pour souper avec nous; il amena le chevalier d'Hanecourt, et je leur présentai ma petite pensionnaire qui rioit aux anges; après le souper je renvoyai le curé et le chevalier.
J'avois impatience de me coucher, et je crois que la petite fille en avoit aussi bonne envie que moi. Madame Bouju la coiffa de nuit et la fit coucher la première dans mon lit, à la petite ruelle; je vins peu de temps après, et dès que je fus couchée, je lui dis:
—Approchez-vous, mon petit cœur.
Elle ne se fit pas prier, et nous nous baisâmes d'une manière fort tendre; nos bouches étoient collées l'une sur l'autre. Je tins longtemps la petite fille entre mes bras, et baisai sa gorge qui étoit fort belle; je lui fis mettre aussi la main sur le peu que j'en avois, afin qu'elle fût encore plus rassurée que j'étois femme; mais je n'allai pas plus loin le premier jour, je me contentai de voir qu'elle m'aimoit de tout son cœur.
Le lendemain nous eûmes plusieurs visites du voisinage; la petite fille s'ennuyoit et me disoit tout bas:
—Ma belle dame (c'est le nom qu'elle s'avisa de me donner), que je trouve le journée longue!
J'entendis ce qu'elle vouloit dire. Dès que nous fûmes couchées, il ne fallut pas lui dire de s'approcher, elle pensa me manger de caresses; je crevois d'amour et je me mis en devoir de lui donner de véritables plaisirs. Elle me dit d'abord que je lui faisois mal, et puis elle fit un cri qui obligea madame Bouju de se lever pour voir ce que c'étoit. Elle nous trouva fort près l'une de l'autre; la petite pleuroit, et toutefois elle eut le courage de dire à Bouju: