—Madame, c'est une crampe à quoi je suis sujette, qui m'a fait bien du mal.

Je la baisai de tout mon cœur, et ne quittois point prise.

—Ah! quelle douleur! s'écria-t-elle encore.

—Mademoiselle, dit Bouju qui étoit une vieille narquoise, cela passera, et vous serez bien aise quand vous ne sentirez plus de mal.

En effet le mal étoit passé, et les larmes de douleur devinrent des larmes de plaisir; elle m'embrassoit de toute sa force et ne disoit mot.

—M'aimes-tu bien, mon petit cœur? lui dis-je.

—Hélas! oui; je ne me sens pas, je ne sais ce que je fais. M'aimerez-vous toujours, ma belle dame?

Je lui répondis par cinq ou six baisers fort humides, et je recommençai la même chanson; elle ne nous donna pas tant de peine que la première fois, la petite fille ne cria plus, elle fit seulement de longs soupirs qui venoient de son cœur; nous nous endormîmes.

Nos plaisirs ne nous faisoient pas oublier ce que nous avions promis à la mère. Bouju s'appliqua à lui apprendre à se coiffer, mais je lui dis de faire filer ses leçons au moins quinze jours. Je commençois à craindre de perdre de vue ma petite amie, et je ne songeois qu'avec dédain à celle qui lui devoit succéder.

Trois jours après, madame de la Grise vint dîner avec nous. J'avois dit à la petite fille qu'il ne falloit pas lui dire que nous nous aimions tant; elle m'avoit répondu: