—Oh! que je n'ai garde, ma belle madame, de dire à ma chère mère les plaisirs que nous avons ensemble; elle seroit jalouse, car nous couchons presque toujours ensemble et nous ne sommes pas si aises; j'aime pourtant bien ma chère mère, mais j'aime encore mieux et mille fois davantage la belle madame.
L'innocence de cette pauvre enfant me faisoit plaisir et un peu de peine, mais je rejetois bien loin une pensée qui eût troublé ma joie.
Madame de la Grise trouva sa fille fort bien coiffée, mais elle n'eut pas le plaisir de la voir à la besogne.
—Madame, lui dis-je, demeurez avec nous le reste de la journée, et vous verrez demain comment elle s'y prend; mon lit est grand, nous coucherons ensemble, et la petite couchera avec Bouju.
Elle se fit un peu prier et y consentit, puis j'en fus assez fâchée, c'étoit une nuit perdue, mais d'un autre côté, cela établissoit merveilleusement la confiance de la mère. Nous dînâmes, nous nous promenâmes dans le parc, et le soir après souper je fis dire des vers à mademoiselle de la Grise.
J'étois bonne comédienne, c'étoit mon premier métier.
—J'ai choisi, dis-je à la mère, une comédie sainte (c'est Polyeucte), elle n'y verra que de bons sentiments.
La petite fille disoit les vers assez mal, mais j'avois connu qu'avec un peu d'application, elle les diroit aussi bien que moi; elle les entendoit, et il suffit d'entendre pour bien prononcer.
Madame de la Grise ne pouvoit se lasser de me remercier; je lui fis de petites confidences sur sa fille, qu'elle ne se tenoit pas assez droite, qu'elle étoit malpropre, qu'elle ne rangeoit pas ses hardes, afin qu'elle lui en fît de petites réprimandes; cela faisoit merveille et lui faisoit connaître que je voulois son bien et que je n'en étois pas coiffée.
Nous soupâmes et nous nous couchâmes; on avoit seulement mis des draps blancs pour madame de la Grise. Quand nous fûmes couchées, je m'approchai d'elle, je la baisai deux ou trois fois, et puis me mis à ma ruelle, en lui disant: