—Dormons... C'est ainsi, madame, lui dis-je, que j'en use avec votre enfant, et je vous assure qu'elle dort comme un sabot; elle fait de l'exercice toute la journée, court dans le jardin avec Angélique, il faut bien que cela dorme.

Le lendemain, le pauvre mère fut ravie quand elle la vit tourner une boucle avec une adresse surprenante. Bouju lui disoit:

—Je vous assure, madame, que dans quinze jours, mademoiselle en saura autant que moi.

Nous dînâmes, et madame de la Grise s'en alla et nous fit grand plaisir.

—Que nous nous baiserons ce soir! disait la petite. Il me semble qu'il y a dix ans que je n'ai embrassé la belle madame.

Dès que nous eûmes soupé, nous nous couchâmes; il falloit bien récompenser le temps perdu. Nous prîmes nos plaisirs ordinaires, la pauvre enfant n'y entendoit pas finesse.

Quatre ou cinq jours après, la lieutenante générale, sa fille, madame de la Grise et le bon abbé vinrent dîner avec nous et y passèrent la journée. La petite du Coudray qui avoit beaucoup d'esprit, disoit continuellement:

—En vérité, mademoiselle de la Grise est bien longtemps à apprendre à coiffer: il me semble que j'aurois croqué cela en quatre leçons; on ne demandoit que huit jours, et il y en a plus de quinze.

Elle croyoit avancer ses affaires, et les reculoit; j'aurois voulu qu'elle eût été bien loin, j'aimois ma petite amie, et pour elle, je ne l'aimois point du tout.

Nous fûmes encore trois semaines dans les plaisirs, mademoiselle de la Grise se coiffoit parfaitement bien; je la menai à sa mère, mais je voulus qu'elle se coiffât toute seule ce jour-là, sans que Bouju y mît la main, et avant que de partir, je lui mis aux oreilles de petites boucles d'un seul rubis entouré de douze petits diamants, elles étoient fort jolies.