—Je vous ferois bien un plus beau présent, lui dis-je, mais, mon petit cœur, on en parleroit.

Madame de la Grise fut charmée; elle la montroit à tout le monde et assuroit sur ma parole qu'elle s'étoit coiffée toute seule; elle faisoit quelque façon de lui laisser prendre les petites boucles.

—C'est une bagatelle, lui dis-je, je les avois étant fille, elles ne me conviennent plus.

Madame la lieutenante générale lui dit en riant:

—Si madame la comtesse en donne autant à ma fille, j'en serai bien aise.

C'étoit me l'offrir, il fallut bien la prendre, j'y étois engagée. Je l'emmenai avec moi, et la gardai seulement huit jours; Bouju lui apprit à coiffer si prodigieusement vite, que j'en étois étonnée.

C'étoit un petit esprit vif, ardent, qui se coiffoit le matin, et au lieu de s'aller promener, se décoiffoit l'après-dînée, pour se recoiffer le soir; elle couchoit avec moi, je la baisois en nous couchant, je recevois ses petites caresses, mais je ne me hasardois à rien avec elle. Outre qu'elle n'étoit pas si aimable que mademoiselle de la Grise, je la trouvois plus fine et peut-être plus instruite. Elle n'eût jamais cru comme Agnès qu'on fait les enfants par l'oreille. Elle étoit flatteuse au point, et je l'aurois peut-être aimée si je n'eusse pas vu l'autre.

Enfin, au bout de huit jours, je la ramenai à Bourges, triomphante; elle savoit fort bien se coiffer, et croyoit avoir gagné une bataille, d'avoir appris en si peu de temps. Sa mère prit part à son triomphe.

Mademoiselle de la Grise avouoit qu'il lui avoit fallu un mois pour en apprendre autant:

—Vous savez bien ce qui en est, ma belle madame, me disoit-elle en particulier, mais je me soucie peu que tout le monde me trouve une sotte, pourvu que vous pensiez autrement.