On me vint dire, deux jours après, que monsieur l'intendant étoit arrivé à Bourges pour faire le répartement des tailles; il s'appeloit monsieur de la Barre, il avoit été intendant d'Auvergne, et prit ensuite l'épée, fit de belles actions à la guerre, et devint vice-roi du Canada, où il est mort.

Je crus qu'il étoit de mon devoir et de mon intérêt de l'aller voir. J'y allai habillée fort modestement, j'avois seulement mes boucles d'oreille de diamants et trois ou quatre mouches.

La lieutenante générale me présenta, il me reçut à merveille, on lui avoit déjà parlé de moi.

Trois ou quatre jours après, la lieutenante générale m'avertit dès le matin qu'il devoit me venir voir le lendemain, et qu'il l'avoit priée d'être de la partie.

Je lui préparai une petite fête. Je mis ce jour-là le plus bel habit que j'eusse. Je me coiffai avec des rubans jaune et argent, mes grands pendants d'oreilles, un collier de perles, une douzaine de mouches, je n'oubliai rien à mon ajustement.

Il arriva à midi, avec le lieutenant général, sa femme et sa fille; dès que je vis son carrosse dans l'avenue, je descendis en bas pour le recevoir; les intendants sont les rois des provinces, on ne sauroit leur faire trop d'honneur.

Il parut surpris de la beauté de ma maison et de la propreté de mes meubles. Je lui proposai d'aller faire un tour de jardin en attendant qu'on servît. Monsieur le curé et monsieur le chevalier d'Hanecourt m'aidèrent à faire les honneurs.

Une demi-heure après, nous retournâmes à la maison, et nous vîmes arriver madame et mademoiselle de la Grise, avec l'abbé de Saint-Siphorien. On se mit à la table, la chère fut grande et délicate, tout étoit bon.

Nous passâmes dans mon cabinet, où la musique étoit toute prête. J'avois fait venir les musiciens de Bourges, et je me mis au clavecin pour accompagner.

—Comment, dit monsieur l'intendant, madame la comtesse en est aussi?