Nous l'embrassâmes toutes deux, sa réponse avoit été si spirituelle!
Je retournai chez moi; ce fut une véritable joie dans la maison quand on vit la petite fille, on l'aimoit, et tous les domestiques s'étoient aperçus que je l'aimois de tout mon cœur.
—Mademoiselle, lui dit Bouju, venez-vous encore apprendre quelque chose? vous savez le frisé, mais vous ne savez pas si bien le tapé.
Nous soupâmes; il étoit tard, nous mourions d'envie de nous coucher; la nuit nous parut plus agréable qu'elle n'avoit encore fait; une petite absence aiguise l'appétit.
Le lendemain, il me vint dans l'esprit que j'étois bien ingrate, et que, depuis plus de six semaines, je n'avois pas donné signe de vie à monsieur et madame Gaillot; je leur envoyai sur-le-champ mon carrosse avec une lettre par laquelle je les conjurois devenir passer deux ou trois jours dans leur maison, et qu'ils en étoient toujours les maîtres.
Ils ne se firent pas prier, et je les vis arriver avant midi; ils voulurent loger dans le dortoir, ils en connoissoient les lits et choisirent le meilleur.
Je les régalai le mieux qu'il me fut possible; nous allâmes nous promener après dîner; il n'y eut pas un coin dans le parc qu'ils ne voulussent voir, et toujours pour admirer les augmentations que j'y avois faites. Enfin ils me mirent sur les dents, et mademoiselle de la Grise aussi; ils s'en aperçurent un peu tard, et m'en firent bien des excuses:
—Il n'y paroîtra plus, leur dis-je, quand nous aurons bien dormi.
Nous soupâmes, et madame Gaillot me pressa de me coucher.
—Je ne suis pas accoutumée, leur dis-je, à m'endormir de si bonne heure, mais je ne serai pas fâchée de me coucher, cela me reposera, à condition que nous causerons jusqu'à minuit.