Bouju vint, et Angélique, mon autre femme de chambre; on me frisa, on mit mes cheveux sous des papillottes, on attacha mes cornettes, on me mit une camisole chamarrée de dentelles d'Alençon, j'ôtai mes boucles d'oreilles de diamants, et en mis de petites d'or, mes mouches tomboient assez d'elles-mêmes, et je me couchai entre deux draps.

—Toutes les dames ne vous ressemblent pas, me dit madame Gaillot, et il faut être aussi belle que vous êtes, pour avoir si peu besoin de secours étrangers; votre miroir vous suffit et vous dit continuellement que vous avez tout par vous-même.

Mademoiselle de la Grise étoit là toute droite.

—Allons, allons, petite fille, lui dis-je, venez vous coucher, vous êtes aussi lasse que moi.

Angélique l'eut déshabillée en un moment, elle se mit à sa petite ruelle. Monsieur et madame étoient dans la grande ruelle, et commençoient à me conter une histoire arrivée depuis peu à Bourges, lorsque je dis à mademoiselle de la Grise qui faisoit la sérieuse:

—Approchez-vous, mon enfant; venez me donner le bonsoir, et puis vous dormirez; nous ne voulons pas vous contraindre.

Elle s'approcha, et je la pris entre mes bras, et la fis passer du côté de la grande ruelle; elle étoit sur le dos, et moi j'étois sur le côté gauche, la main droite sur sa gorge, nos jambes entrelacées l'une dans l'autre; je me penchai tout à fait sur elle pour la baiser.

—Voyez, dis-je à madame Gaillot, la petite insensible! elle me fait faire tout le chemin, et ne répond point aux amitiés que je lui fais.

Cependant j'avançois mes affaires, je baisois sa bouche plus vermeille que le corail, et lui donnois en même temps de plus solides plaisirs elle n'eut pas la force de se retenir et dit à demi-haut, avec un grand soupir:

—Ah! que j'ai de plaisir!