—Ce ne seroit pas pour moi, madame, que vous vous contraindriez, disoit monsieur le curé.
La petite fille se coucha aussi et s'approcha de moi fort près, nos têtes se touchoient, mais nous ne nous baisions pas.
—Vous ne vous aimez donc plus aujourd'hui dit madame Gaillot, vous ne vous baisez pas.
—Monsieur le curé, dis-je en riant, ne le trouveroit peut-être pas bon?
—Moi, madame? et qu'y a-t-il de plus innocent? C'est une sœur aînée qui baise sa cadette.
Après cette permission, je fis passer mademoiselle de la Grise, comme la veille, du côté de la grande ruelle et de la compagnie; elle se mit sur le dos (elle savoit bien comment il falloit se mettre) et je m'avançai sur elle pour la baiser.
Ce baiser fut long, et nous n'avions point encore eu tant de plaisir; je quittois sa bouche de temps en temps, et rangeai ma tête sur le chevet à côté de la sienne, mais sans changer la situation de nos corps.
—C'est ma petite femme, disois-je à monsieur le curé.
—Vous êtes donc aussi mon petit mari! s'écria la petite fille en ouvrant les yeux qu'elle avoit tenus longtemps fermés.
—J'y consens, lui dis-je, je serai ton petit mari, et tu seras ma petite femme; voilà monsieur le curé qui y consentira aussi.