—De tout mon cœur, dit-il en riant.

—Et moi, dit monsieur Gaillot je m'offre à nourrir tous les enfants qui viendront de ce mariage.

Pendant qu'ils se réjouissoient, nous nous réjouissions aussi; j'avois repris ma petite femme, et je la baisois mieux que je n'avois encore fait; nous ne proférions pas une parole, seulement quelquefois: «Mon petit mari, mon cher cœur», et bien des soupirs.

—Voilà donc une affaire faite, dit madame Gaillot, voilà madame la comtesse mariée; ses amants n'ont qu'à chercher fortune ailleurs.

Elle disoit cela malicieusement, à cause du chevalier d'Hanecourt qui ne trouvoit pas le mot pour rire à tout ce que nous faisions.

Nous nous remîmes ensuite à notre séant, avec des petits manteaux fourrés sur nos épaules; il commençoit à faire froid. Puis nous causâmes fort gaîment, je leur lus mes lettres de Paris (on aime les nouvelles dans les provinces), et on s'alla coucher.

Les jours suivants se passèrent aussi agréablement, ce fut une plaisanterie perpétuelle sur notre petit mariage; monsieur et madame Gaillot retournèrent à Bourges, et en parlèrent à tout le monde, et lorsque madame de la Grise me vint voir:

—Comment, mon beau monsieur, me dit-elle en riant, vous épousez ma fille sans me le dire.

—Au moins, lui dis-je, madame, ç'a été en bonne compagnie et en présence de mon curé.

—Madame, me dit-elle, ma maison est prête, me voulez-vous faire le plaisir de la venir voir? Il est jeudi, ce sera dimanche que je donnerai à souper à monsieur l'intendant.