Je l'assurai que je serois chez elle le lendemain à trois heures après midi; je n'y manquai pas, mais je ne ramenai point mademoiselle de la Grise; je dis à sa mère qu'elle avoit la migraine, que je l'avois fait coucher, et que dimanche nous irions dîner avec elle.

—Nous aurons, lui dis-je, assez de temps pour nous habiller, l'intendant ne viendra chez vous qu'à huit heures du soir.

Je trouvai la maison fort bien disposée, une grande salle pour les valets, la chambre de madame de la Grise pour le bal (on en avoit ôté le lit), son cabinet qui étoit assez grand pour une retraite qui soulageroit beaucoup la salle de bal, et sa chambre à coucher pour nous habiller.

J'approuvai tout, et m'en retournai à Crespon; j'y trouvai ma petite femme qui fut aussi aise que moi.

Nous avions encore trois jours à être ensemble, et ils furent bien employés, monsieur le curé nous tint compagnie les soirs; le chevalier d'Hanecourt n'y vint point, il étoit malade ou faisoit semblant de l'être; il étoit un peu jaloux.

Le dimanche, après avoir entendu la grand'* *messe, je montai dans mon carrosse avec mademoiselle de la Grise et Bouju. Nous portâmes tout ce qu'il falloit pour nous parer. Nos cheveux étoient frisés de la veille et sous des papillottes.

Nous fîmes un dîner fort léger, tant nous avions envie de nous ajuster. Je voulus absolument que Bouju coiffât mademoiselle de la Grise la première, elle devoit être la reine du bal.

Quand elle fut tout à fait habillée et coiffée, je lui ôtai les boucles d'oreilles de rubis que je lui avois données, et lui mis mes beaux pendants d'oreilles de diamants; la mère se récria qu'elle ne le souffriroit point, mais je lui dis si fortement qu'elle me désobligeroit, qu'enfin elle y consentit. Je lui mis aussi dans les cheveux mes poinçons de diamants. J'étois ravie de la voir si belle, et je la baisois de temps en temps pour ma peine.

—Et vous, madame, dit mademoiselle de la Grise, vous n'aurez plus rien. Il est vrai que vous êtes belle, vous n'avez pas besoin d'être ajustée.

Je mis aussi à ma petite femme douze ou quinze mouches; on n'en sauroit trop mettre, pourvu qu'elles soient petites.