Les détails qui concernent la nouvelle Georgie, la Baye de Hudson, divers endroits des Côtes d'Afrique, la Nation des Muschetos, & plusieurs parties des Établissemens Espagnols & Hollandois, contiennent tant de particularités qui n'ont jamais été publiées, qu'on ne se plaindra point d'y trouver comme dans la plûpart des nouvelles Relations, la répétition de ce qu'on a déjà lû sous d'autres titres.
L'aversion que j'ai pour le merveilleux sans vraisemblance, m'a fait retrancher, à l'article de Saint Vincent, de longs récits, dont je n'ai pas mieux senti l'agrément que l'utilité. Je n'aurois pas même fait grace à l'Histoire du Dragon, & des Reptiles, si je ne m'étois souvenu qu'on en trouve des traces dans plusieurs autres Relations. Qui se persuadera que des hommes aussi grossiers que les Caraïbes, ayent parmi eux des Magiciens & des Sorciers, lorsque dans les Pays les plus éclairés de l'Europe, où la corruption du cœur n'a porté que trop souvent des gens d'esprit à vouloir s'initier dans ces odieux Mistères, & d'autres du moins à vouloir les approfondir, il ne s'est encore rien offert qui puisse leur donner le moindre crédit? Les Isles des Caraïbes ont des Imposteurs, dont les prestiges sont proportionés sans doute à l'ignorance & à la crédulité de cette Nation. Ce n'est point à la vûë des Européens, qu'ils ont la hardiesse de les exercer; & je ne me souviens point en effet d'avoir lû qu'aucun Voyageur Anglois ou François, ait jamais été témoin de leurs enchantemens. Mais les Sauvages, qui donnent aveuglement dans toutes sortes de piéges, paroissent persuadés de toutes ces merveilles dans les recits qu'ils en font aux Européens: & la persuasion est presque toujours contagieuse. Quelle apparence aussi, que s'il éxistoit une vallée remplie de pierres précieuses, dans une Isle, dont l'accès n'est pas refusé aux Étrangers, le même motif qui a fait traverser les Mer, & découvrir de nouveaux mondes, au travers de mille dangers, n'eût pas fait surmonter depuis long-tems, les obstacles qui nous dérobent de si précieux trésors.
On n'a joint à cet Ouvrage, avec la Carte générale, qu'une seule Carte particuliere qui convient aux principaux événemens, parce qu'il en auroit fallu trop souvent de particulieres, si l'on avoit entrepris de suivre nos Voyageurs a la trace. L'Écrivain Anglois laisse entrevoir dans plus d'une occasion, le motif qui lui a fait supprimer les hauteurs, lorsqu'il est question de cette riche Côte d'Afrique, qui devint le fondement de sa fortune. Ce n'est pas la première fois que l'intérêt ait fait garder le silence aux Négocians sur les voies du commerce. Mais on peut regarder cette suppression même, si elle est volontaire, dans un lieu où l'on est porté à la regréter, comme un caractère de bonne foi pour le reste de l'Ouvrage; puisqu'avec moins de respect pour la vérité, il auroit été facile de remplir ce vuide par des suppositions imaginaires.