L'année de sa mort, Sir Thomas Button entreprit, sur les instances du Prince Henry, de continuer le même voyage. Il passa les Détroits de Hudson, & laissant la Baye au Sud, il s'avança l'espace de deux cens lieues au Sud-Ouest, où il découvrit un grand Continent qu'il nomma la Nouvelle Galles. Il y passa l'hyver dans un lieu qu'on a nommé depuis le Port de Nelson; il visita toute la Baye qui a pris ensuite le nom de Baye de Button, & il retourna dans l'Isle de Digg.

En 1616, M. Baffin entra dans la Baye de Sir Thomas Smith, jusqu'au 78e degré, & revint après avoir perdu l'espérance de découvrir un passage de ce côté-là.

Ainsi toutes les entreprises de nos Avanturiers, du côté du Nord, n'avoient pour but que de trouver un passage à la Chine.

En 1631, le Capitaine James fit voile au Nord-Ouest, & marchant au hazard dans ces Mers, arriva dans l'Isle de Charlton, où il passa l'hyver au 52e degré. Le Capitaine Fox fit aussi cette année un voyage dans la même vûë; mais il n'alla pas plus loin que le Port Nelson.

Les guerres civiles d'Angleterre firent perdre assez longtems le goût de ces découvertes. On ne trouve le nom d'aucun Avanturier jusqu'en 1667, que Zacharie Gillam passa les Détroits de Hudson, & la Baye de Baffin jusqu'au 75e degré; ensuite reprenant vers le Sud au 51, il entra dans une Rivière, nommée depuis la Rivière du Prince Rupert, où il lia une correspondance assez favorable avec les Sauvages. Il y bâtit un Fort, qu'il nomma le Fort Charles, & revint en Angleterre.

Pendant ce tems-là deux François, l'on nommé M. des Groseliers, & l'autre M. Ratisson, son beaufrere, étant au Canada vers le Lac d'Assimponalo, pousserent si loin qu'ils se procurerent quelque connoissance de la Baye de Hudson. Étant retournés à Québec, ils se joignirent à quelques Bourgeois, armerent une Barque, & prirent la résolution d'entreprendre de nouvelles découvertes. Après avoir navigué longtems au Nord, ils entrerent dans une Rivière où ils firent un Établissement du côté du Sud, dans des Isles qui sont à trois lieues de l'embouchure. Pendant l'hyver, tout étant glacé, les Canadiens, que M. des Groseliers avoit avec lui, étant à la chasse au long de la Mer, trouverent, avec beaucoup de surprise, un Établissement d'Européens. Ils retournerent promptement vers leur Chef sans avoir été découverts. M. des Groseliers ne manqua point de faire armer aussi-tôt tous ses gens, & de se mettre à leur tête pour approfondir la vérité de cette avanture. Il fit ses approches, & ne voyant qu'une mauvaise chaumine, couverte de terre, dont la porte n'étoit pas même fermée, il y entra les armes à la main. Il y trouva six Matelots Anglois, qui mouroient de froid & de faim, & qui, loin de se mettre en défense, s'estimerent fort heureux de se voit Prisonniers des François, puisque cette rencontre leur assuroit la vie. Ces six Matelots avoient été abandonnés, par un Navire qui avoit armé à Boston, dans la nouvelle Angleterre, & qui n'avoit aucune connoissance des voyages entrepris à Londres. Étant arrivé fort tard, le Capitaine les avoit envoyé à terre dans sa chaloupe pour chercher un lieu d'hyvernement. Mais le froid étoit devenu si grand pendant la nuit, que les glaces ayant entraîné le Navire, ils n'en avoient plus entendu parler.

Pendant le cours de l'hyver, M. des Groseliers se lia avec quelques Sauvages du Pays, qui lui apprirent qu'à sept ou huit lieues de son Établissement, il y en avoit un d'Anglois. C'étoit celui du Port Nelson. Il se disposa aussi-tôt à les aller attaquer; mais comme ils étoient fortifiés, il eut besoin de précautions. Il attendit le jour des Rois, pour les surprendre dans l'yvresse. Cette idée lui réussit avec tant de bonheur, que quoiqu'ils fussent au nombre de 80, & que celui des François ne surpassât point quatorze, il se saisit d'eux sans la moindre résistance. Ainsi M. des Groiseliers demeura maître absolu du Pays.

L'été suivant, ayant laissé son fils avec cinq hommes pour garder le poste qu'il avoit conquis, il revint à Québec avec Ratisson, chargé de Pelleteries & d'autres marchandises Angloises. Mais quoiqu'ils eussent assez réussi dans leur entreprise pour avoir mérité d'être bien reçus, on les chagrina beaucoup sur quelques pillages prétendus dont ils n'avoient pas donné connoissance aux Armateurs. Le ressentiment qu'ils en eurent les fit passer en France, où ils se promirent plus de justice de la Cour. Ils presenterent des Mémoires, ils employerent beaucoup de tems & d'argent pour se faire écouter, & leur malheur voulut qu'ils ne le furent pas plus qu'à Québec. L'Ambassadeur que l'Angleterre avoit alors à Paris, apprenant leurs plaintes, s'imagina qu'ils pouvoient rendre service à sa Nation, & leur persuada de passer à Londres. Ils y furent bien reçus de plusieurs personnes de qualité & d'un grand nombre de Marchands qui n'avoient pas perdu le souvenir des anciennes entreprises. Le Capitaine Gillam fut invité à se remettre en mer avec eux. Ceux qui firent les frais de cette nouvelle entreprise obtinrent du Roi Charles II. une Patente pour eux & pour leurs successeurs, sous le nom de Conmpagnie de la Baye de Hudson, dont la datte est le deux de Mai 1670, la vingt-deuxiéme année du Règne de ce Prince.

Les premiers Propriétaires furent le Prince Rupert, le Chevalier Jacques Hayes, MM. Guillaume Young, Gerard Weymans, Richard Cradock, Jean Letton, Christophe Wrenn, Nicolas Hayward.

La Baye prend depuis le 64e degré de latitude du Nord jusqu'au 51e degré, & peut avoir six cens mille de longueur. L'entrée des Détroits est au-dessus. À la bouche même est l'Isle qu'on a nommée la Résolution. L'Isle Charles, l'Isle Salisbury, & l'Isle de Notingham, sont dans les Détroits, & servent à les former. Celle de Mansfield est à la bouche de la Baye.