Fig. 150.—Coupe longitudinale sur C-D.—État actuel.
poussée des voûtes du chœur, s’entre-croisent avec ceux des transsepts projetés; ces derniers arcs-boutants, sans raison d’être et sans effet actuellement, n’ont été partiellement bâtis et amorcés qu’en prévision de la reconstruction ultérieure des transsepts, suivant le plan nouveau. Il faut remarquer l’ingénieuse disposition de ce triforium, contournant les points d’appui sur lesquels il est encorbellé, afin de leur laisser toute la force nécessaire, en formant à la base des grandes fenêtres et des contreforts un arrangement architectural d’un très heureux effet. (Voir la coupe, fig. 151.)
La construction du chœur du quinzième siècle, de formes et de dimensions si différentes du reste de l’église, a enlevé à l’édifice le caractère de grand style résultant de son unité; mais, par une comparaison des plus intéressantes à faire et que fait naître le rapprochement des deux parties bien distinctes du même édifice, elle permet d’étudier notre architecture française dans ses manifestations les plus caractéristiques. L’une, la nef, est l’expression de l’art national naissant, simple, naïf même, mais fort, indiquant déjà le puissant essor qu’il prendra et faisant pressentir les œuvres magnifiques qu’il enfantera pendant plusieurs siècles. L’autre, le chœur, est le produit de cet art arrivé à son plus grand développement, savant, riche, raffiné et penchant déjà vers le maniéré, indice certain de sa décadence prochaine.
Quoi qu’il en soit, ce chœur n’en est pas moins une œuvre très remarquable; la conception en est grande, et son exécution est un véritable chef-d’œuvre du genre. La précision et la régularité des détails du plan démontrent qu’une science et une habileté consommées ont présidé aux opérations géométriques de sa plantation. La perfection de la taille du granit, la netteté des moulures, des sculptures les plus fines et les plus compliquées, indiquent que les plus grands soins ont été apportés à leur difficile exécution. Aussi la conservation du chœur est-elle presque complète, sauf quelques fleurons des pinacles et diverses parties de balustrade renversées, qui existent encore et peuvent être reposés à leurs places respectives.
La différence de niveau entre l’église haute et le sol extérieur a nécessité la construction de soubassements considérables; ils ont formé la crypte ou église basse, laquelle reproduit avec une simplicité robuste et soutient les dispositions du chœur, sauf en ce qui concerne les chapelles latérales de la première travée que le rocher ne permettait pas d’établir, et celles de la seconde travée, qui sont remplacées par des citernes ménagées lors de la construction dans la hauteur des substructions. La
Fig. 151.—Coupe du chœur sur l’axe longitudinal.
citerne du sud comprend deux travées et celle du nord une seule (voir en Y, plan fig. 144). Les piliers ronds et trapus, sans chapiteaux, reçoivent en pénétration les retombées de la voûte et sont, naturellement, les bases des piles du chœur.
Un pont fortifié, jadis crénelé, et qui est encore muni de ses mâchicoulis, franchit la cour de l’église et met l’église basse en communication avec le logis abbatial.