des triangles de voûtes ordinaires. Il est évident que ce système de colonnettes posées en herse est plus capable de résister à la poussée et au mouvement d’une charpente que le mode de colonnes jumelles, car les arcs diagonaux AD, AE, EB, etc., opposent une double résistance à ces poussées, étrésillonnent la construction et rendent les deux rangs de colonnettes solidaires. D’ailleurs, il n’est pas besoin de dire qu’un poids reposant sur trois pieds est plus stable que s’il repose sur deux ou sur quatre. Or, la galerie du cloître de l’abbaye du Mont-Saint-Michel n’est qu’une suite de trépieds... Les profils de l’ornementation rappellent la véritable architecture normande du treizième siècle. Les chapiteaux, suivant la méthode anglo-normande, sont simplement tournés, sans feuillage ni crochets autour de la corbeille; seuls les chapiteaux de l’arcature adossée à la muraille sont ornés de crochets bâtards. Les écoinçons entre les archivoltes de l’intérieur des galeries présentent de belles rosaces sculptées en creux, des figures, l’agneau surmonté d’un dais; puis, au-dessus des arcs, une frise d’enroulements ou de petites rosaces d’un beau travail. Entre les naissances des arcs diagonaux des petites voûtes sont sculptés des crochets. Ce cloître était complètement peint, du moins à l’intérieur et dans les deux rangs de colonnettes..... Les galeries ont été couvertes primitivement par une charpente lambrissée ([fig. 155]).»
Dans la galerie sud, sur le côté longeant le transsept nord ([fig. 155]), dont la façade a été reconstruite par Raoul de Villedieu en même temps que le cloître, se trouve le lavatorium.
«C’est à cette fontaine, nommée lavatorium, qu’ils (les moines) devaient se laver les pieds à l’époque de certaines cérémonies: Omnes debent lavare pedes in claustro.» Elle servait en outre à laver les corps des frères qui avaient cessé de vivre; pendant cette opération, tous les religieux se rangeaient autour (ou au-devant) du lavatorium, dans le même ordre qu’au chœur, pour y réciter des prières. Règle de Saint-Benoît.»[21]
Le lavatorium se trouvait ordinairement dans le voisinage du réfectoire, celui-ci joignant le cloître; mais au Mont-Saint-Michel, où la déclivité de la montagne ne permettait pas d’étendre les bâtiments en les faisant communiquer à niveau l’un de l’autre, il a fallu superposer les salles et changer les dispositions habituelles des lieux réguliers bénédictins.
Au lieu d’être placé, selon la coutume, soit dans l’un des angles du préau, soit dans l’une des façades du cloître, le lavatorium fut, au Mont-Saint-Michel, établi autant que possible à proximité du réfectoire, dans la galerie sud du cloître, sur la face extérieure du transsept nord de l’église; la base de cette façade forme deux travées, reliées aux contreforts saillants par des arcatures en pendentifs arrondis.
Le lavatorium se compose dans chaque travée (C et C’) d’un double
Fig. 155.—Plan du lavatorium.
banc, dont le plus élevé servait de siège. Chaque double banc peut contenir six places, soit pour les deux, douze sièges, disposés intentionnellement, sans nul doute, en souvenir des douze apôtres ([fig. 155]).
Des rigoles, visibles sur la partie haute des bancs supérieurs, amenaient l’eau à une fontaine, munie d’un petit bassin, en D, D’, ménagée dans la partie basse de chaque banc inférieur ([fig. 156]).