Les arcades extérieures, sur l’aire du cloître, sculptées à l’intérieur, sont en pierre de Caen; c’est le seul endroit de l’abbaye où la pierre calcaire ait été employée. Malgré son peu de dureté et les refouillements extrêmes des moulures des arcs, cette pierre, relativement tendre, a résisté au vent salin, sauf pourtant dans une partie des faces est et nord, où les vents du sud-ouest, venant du large, l’ont profondément altérée.
L’aire du cloître forme, dans une grande partie de son étendue, la couverture de la salle des Chevaliers; elle était garnie de plomb, et les pentes ménagées transversalement renvoyaient les eaux pluviales au dehors par des canaux qui traversent les galeries nord du cloître et aboutissent à des gargouilles placées sur les contreforts extérieurs de la face nord. A partir du quinzième siècle, l’eau était recueillie et envoyée dans la citerne du bas-côté nord du chœur reconstruit après l’écroulement de 1421, et commencé, vers 1450, par le cardinal Guillaume d’Estouteville. Actuellement, le plomb a disparu, et l’enduit qui recouvre l’aire est insuffisant pour empêcher l’eau de s’infiltrer au travers des voûtes de la salle des Chevaliers, où elle entretient une humidité dangereuse.
Du reste, l’état général du cloître est loin d’être rassurant; les galeries intérieures ont été disloquées par les constructions maladroites que les directeurs de la prison, afin d’augmenter le nombre des logements des détenus, avaient élevées lourdement sur les frêles colonnettes, sans prendre le soin d’augmenter la force des points d’appui; les bois du comble sont pourris, et toute la toiture menace de s’effondrer; les façades, nord et sud surtout, sont déversées, et nous avons dû les faire étayer et élever des petits murs provisoires en briques entre les piles diagonales, afin d’en arrêter l’écroulement menaçant. Enfin, il faudrait craindre la ruine complète du cloître, s’il n’était bientôt l’objet de promptes restaurations que nous avons l’espoir de commencer bientôt, grâce à la sollicitude constante dont la Commission des Monuments historiques entoure les édifices confiés à sa garde[26].
IX
FAÇADES ET DÉFENSES EXTÉRIEURES DE LA MERVEILLE
es façades est et nord de la Merveille sont d’une mâle beauté, en raison de leur extrême simplicité; elles présentent l’image de la force et de la grandeur; leur aspect, particulièrement du côté de la pleine mer, au nord, est des plus imposants.
Ces immenses murailles, construites en granit, ainsi que tous les bâtiments de l’Abbaye, percées de fenêtres de formes diverses, selon les salles qu’elles éclairent, sont renforcées extérieurement, au droit des poussées des voûtes intérieures, par de puissants contreforts qui ajoutent encore à l’effet général par la vigueur de leurs reliefs.
Les deux bâtiments constituant la Merveille ont leurs détails de construction extérieurs différents, résultant des diverses dispositions intérieures; mais ils n’en forment pas moins un magnifique ensemble d’un effet prodigieux, qui sera encore augmenté, notamment pour le bâtiment vers l’est, lorsqu’on lui restituera son crénelage détruit et qu’on aura rétabli, dans sa forme primitive, le comble qui le couronnait.
Indépendamment de ses formidables façades, qui peuvent être considérées comme de véritables fortifications, la Merveille était défendue, au nord, par une muraille crénelée se reliant aux remparts. Cette muraille est flanquée d’une tour également crénelée qui servait de place d’armes aux chemins de ronde s’étendant vers l’ouest, où ils couronnaient les crêtes des rochers et se reliaient par des détours aux soubassements des ouvrages de l’ouest. Au milieu, à la hauteur de l’angle nord-ouest de la Merveille, un petit châtelet, aujourd’hui détruit, défendait le passage du degré, fort raide, fermé de murs crénelés, qui descendait à la fontaine Saint-Aubert.