A cette même époque on éleva, en avant de la barbacane du quinzième siècle, un petit ouvrage composé d’un corps-de-garde,—destiné aux bourgeois de la ville, auxquels était confiée la garde de la première porte,—et d’un mur percé d’une porte et d’une poterne, se reliant à la courtine de la barbacane et formant aussi l’avancée de la porte de la ville.

Les remparts subirent quelques modifications nécessitées par les perfectionnements de l’art de la fortification, notamment la tour saillante, à l’est, qui fut transformée en bastillon ([fig. 169]).

Sous les abbés commendataires, on cessa de bâtir. Le temps des travaux était passé d’ailleurs. Pendant toutes les guerres de la Ligue, les abbés du Mont eurent trop souvent à défendre l’abbaye contre les attaques et les surprises des Huguenots, pour songer à agrandir ses bâtiments; on se borna à faire les réparations les plus nécessaires. De 1632, époque à laquelle les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur prirent possession de l’abbaye, à 1776, il n’est resté traces que de l’établissement d’un moulin à vent sur la plate-forme de la tour Gabriel, en 1617, et d’aménagements intérieurs qui ont malheureusement dégradé certaines parties des édifices, notamment le dortoir. En 1776, au lieu de réparer la nef, on lui enleva trois travées sur les sept dont elle était formée, et, en 1780, on remplaça le portail roman détruit par une façade de style gréco-romain, anachronisme flagrant qui balafre la nef romane mutilée.

Depuis ce temps, les travaux qui se sont faits n’ont été qu’une trop longue suite de mutilations et de profanations. Aussi passerons-nous rapidement sur cette période malheureuse.

En 1864, l’abbaye du Mont-Saint-Michel, cessant d’être une prison, devint propriété domaniale, pour être enfin, dans ces dernières années, affectée au service des Monuments historiques.

Les travaux de restauration, commencés en 1872, se poursuivent régulièrement, grâce aux crédits ouverts par le Ministère de l’Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts, et par les soins de la Commission des Monuments historiques.

Fig. 170.—Armoiries peintes sur un tableau anciennement placé dans le chœur de l’église du Mont-Saint-Michel.—D’après un dessin de M. de Rothemont; ms. nº 4902 à la Bibliothèque nationale. Dix-huitième siècle.