ZEBEL.

Salomé, pour voir vous créant
Que trop à tart vous y venez:
Car li enfes si est ja nez
Et vezla la mere couchie;
Et si sachiez c’onques touchie
Ne fu d’omme en nulle manière;
Ains est vierge de corps entière:
Car je l’ay bien hui esprouvé,
Et pour voir telle l’ay trouvé
A l’enfanter.

SALOMÉ.

Tu te feras des gens moquer,
M’amie, se plus diz telz moz:
Ne porte à femme ja ce loz
Qu’elle puist enfant concevoir
Sanz congnoissance d’omme avoir:
Ce ne peut estre par nature;
Ne qu’enfanter puist vierge pure,
Ne le dy mie.

ZEBEL.

Quoyque des autres ne le die,
De ceste le tesmoingneray,
Qu’après l’enfanter trouvé l’ay
Vierge pucelle.

SALOMÉ.

Certes, c’est chose si nouvelle
Que se de mes yeulz ne veoie
La dame, et de mes mains touchoie,
Je ne croiroie point tel dit;
Pour ce maintenant sanz respit
L’iray veoir et puis taster.
Lasse! j’ai perdu le taster.
Lasse! lasse! lasse! mes mains
Ay perdu. E! lasse! s’au mains
L’une des deux demourast vive,
Bien me fust; mais lasse! chetive!
Ceste forment me desconforte,
Que je voi qu’elle est toute morte:
Et ceste ci redevient seiche
Aussi comme une vielle meiche.
Dieux! or vivray je en mescheance
Quant les membres dont ma chevance
Par honneur je souloie avoir
Pers ainsi. Lasse! Or ne sçay voir
Que puisse faire.

MICHIEL.

Gabriel, pour le cuer reffaire
De joie à la vierge bénigne
Qui du filz Dieu gist en gesine
Nous fault en Bethléem aler
Et devant la dame chanter.
Or y alons.