SALOMÉ.
E! sire Diex, s’en vous habonde
Ne pitié ne misericorde,
Je vous pri de moy vous recorde,
Et me vueillez estre amiable,
Dieu du ciel, pére esperitable:
Car se j’ay n’en parler n’en fait
Riens, sire, contre vous meffait,
Pour quoy vous me punissiez ci,
De cuer vous en requier merci
Que le me vueillez pardonner,
Et me vueillez, sire, donner
Par vostre infinie bonté,
S’il vous plaist, parfaite santé
Dessus mes membres.
GABRIEL.
Salomé dame, or te remembres,
Que pour ce que tu n’as veu
Vierge enfanter, ne l’as creu;
Ains le vouloies esprouver;
Pour ç’a volu Dieux estriver
A toy qu’estrivoies à lui,
Et t’a envoié cest annuy
Qui te doit estre à grant contraire.
Or t’avise que Dieu peut faire
Plus que vierge faire enfanter,
Et, se tu le croiz sanz doubter,
Atouche l’enfant seulement,
Et tes mains saines vraiement
Recouvreras.
SALOMÉ.
Ha! sire, ne me moquez pas.
Qui estes vous? Dites le moy,
Si vous plaist, et je vous em proy:
Ne vous voi mie.
GABRIEL.
Je sui un ange, belle amie;
Sachez que je te compte voir.
Si tes mains veulz saines ravoir,
Fai ce qu’ay dit.
SALOMÉ.
Je le vois touchier sanz respit.
Enfes doulz et beneurez,
Si voirement com tu es nez
De vierge, et ainsi je le croy,
Et que mes mains en cette foy
Mett sur toy, Dieu par son plaisir,
Ains que de ci puisse partir,
A sa merci me vueille prendre!
Ha! Dieu, bien vous doy graces rendre,
Puis que tant m’avez honnouré
Que mes mains m’avez restoré,
Sire, en santé.