On peut tirer un double avantage des Bons Mots, car outre qu’ils servent à nous divertir, & à ranimer une Conversation languissante, il y en a plusieurs qui sont remplis de belles Instructions, qu’on peut appliquer aux differents Etats de la Vie, dans une Fortune publique ou privée.

As for Stories they differ from Jests, in that they express their Subject in its full Latitude, and generally leave nothing to be guest at, as Jests do; they are sometimes divertingly Instructive; but their chief aim is to make the Hearers merry by relating sometimes a concurrence of Comical Accidents; sometimes a piece of Simplicity or Ignorance, and sometimes Malicious Tricks that have been put upon any one, to make Sport for others: In all these we must use the same Caution as we have mentioned about Jests, that is, we must take care not to confound good Stories with many pieces of low Buffoonry, which tickle mean and vulgar Ears by their smutiness, dawb’d over with paltry Equiv­o­ca­tions.

Pour ce qui est des Contes, ils different des Bons Mots en ce qu’ils exposent leur sujet dans toute son étenduë, & ne laissent d’ordinaire rien à deviner comme font les Bons Mots. Ils instruisent quelquefois en divertissant, mais leur principal but n’est que de rejouïr leurs Auditeurs en rapportant tantôt quelque rencontre d’Accidens plaisans; tantôt quelque naïveté ou quelque Ignorance; & quelquefois des Tours malicieux, dont on s’est servi pour divertir les autres aux depens de quelqu’un. Dans les Contes il faut user de la même precaution dont nous avons parlé touchant les Bons Mots, c’est à dire, nous devons avoir soin de ne pas confondre les bons Contes, avec plusieurs Bouffonneries basses, qui chatouillent les Oreilles du Peuple par leurs ordures, cachées sous de méchantes Equivoques.

Now the use a Gentleman ought to make of Jests and Stories is, never to quote them but when they come pat and à-propos to the Subject and before those who are disposed to hear and be merry with them; without courting the occasion of being thought a pleasant and jocose Man, for Persons of a nice discernment will presently take notice of those nauseous Affectations: And as the judicious La Bruyere has it: That Man who endeavours to make us Merry, seldom makes himself to be esteem’d.

L’Usage qu’un honnête homme doit faire des Bons Mots & des Contes, est de ne les citer que lors qu’il viennent à propos & naturellement au sujet, & en presence de ceux qui sont disposez à les entendre & à s’en divertir; sans rechercher l’occasion de faire le plaisant & l’enjoüé, car les gens d’un discernement delicat connoissent d’abord ces sortes d’Affectations; & selon le judicieux Mr. de la Bruyere: Il n’est pas ordinaire que celui qui fait rire, se fasse estimer.

We must also observe never to usher in Jests or Stories with formal Commendations, which will prevent our hearers from being agreeably surpriz’d; for ’tis by this surprise that the Pleasure they give is principally excited. Likewise when we begin to tell them, we must not begin to laugh our selves, if we intend to make the Company laugh; for those who promised us Mirth before-hand, are seldom so good as their Words; and how silly and ridiculous does that Man look who laughs by himself, at a cold and thread-bare Jest, whilst the rest can hardly force a Smile to keep him in Countenance? Lastly, we must avoid telling a Jest or Story several times over to the same Persons, an Impertinence which makes the Conversation of old People so very distateful.

Il faut aussi observer de ne pas introduire les Contes & les Bons Mots par des loüanges étudiées, qui empêchent nos Auditeurs d’être agréablement surpris; parce que c’est par cette surprise que le plaisir qu’ils excitent est principalement causé. Il faut encore que lors que nous les racontons nous n’en rions pas les premiers, si nous voulons faire rire la Compagnie; Car il arrive souvent que ceux qui nous ont assuré qu’ils vont nous faire rire, ne tiennent pas leurs promesses; & rien n’est si sot ni si ridicule qu’un homme qui rit seul d’une Pensée froide & usée, pendant que les autres tâchent en vain de soûrire pour l’empêcher de perdre Contenance. Enfin, il faut éviter l’inconvenient de dire un Conte ou un Bon Mot plusieurs fois aux mêmes Personnes, ce qui est un Ridicule qui rend la Conversation des vieilles gens si desagréable.

Before I make an end of this Introduction, I shall obviate an Objection which some supercilious Criticks will be apt to make against this Work, viz. That most of these Apophthegms, Jests, Repartees and Stories, are already known to Persons of good Education, and to Men of Learning: To which I answer, That granting this to be true, yet ’tis hoped they may be glad to find them here again, just as we are pleased to hear a fine Tune over and over, provided it be well Sung: But besides, this Collection is so vastly Rich, that it is hard, if not impossible, for any single Reader to know all it contains and not be either instructed or diverted by some thing that will be new to him. To which I must add, That my chief Design in this Collection is to facilitate the Learning of the French Tongue to the English; and that of the English Language to Foreigners, and upon that score I have taken particular care to make both Languages answer one another, as near as their different Idioms would allow.

Avant que de finir cette In­tro­duction, je pre­vien­drai une Ob­jec­tion que quelques Critiques de mauvaise humeur pourront faire contre cét Ouvrage, qui est, que la pluspart de ces Apophthegmes, Bons Mots, Reparties & Contes sont deja seus par les Personnes bien élevées, & par les gens de Lettres; à quoi je repons, que quand cela seroit, on espere pourtant qu’ils seront bien-aise de les retrouver ici, de même qu’on entend avec plaisir un bel Air, quoi qu’on fait deja entendu, pourveu qu’il soit bien chanté. Dailleurs ce Recueil est si grand & si riche, qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible qu’un même Lecteur sache tout ce qu’il contient, & qu’il ne soit instruit ou diverti par quelque chose qui aura pour lui la grace de la nouveautê. A quoi je dois ajoûter que mon dessein principal dans ce Recueil est de rendre la Langue Françoise facile à apprendre aux Anglois, & l’Angloise aux Etrangers; & c’est pour cela que je me suis attaché avec soin â faire repondre ces deux Langues l’une à l’autre autant que leurs differens Idiomes l’ont pû permettre.