Susanne. Enfin, quand il fut las de me chatouiller de la sorte, nous allasmes, aussi nuds que nous estions, auprès du feu, où il me fit asseoir dans une chaise auprès de luy, et aussi tost alla prendre dans un coin de la chambre une bouteille d’hypocras avec certaines confitures dont il me fit manger, et je me sentis merveilleusement restaurée. Or cependant que nous mangions, il s’estoit remis auprès de moy en posture humble et suppliante, et me cajolloit comme s’il ne m’avoit jamais vue, me contant son martyre et qu’il se mouroit pour l’amour de moy, avec les plus douces paroles du monde. Si bien que, feignant d’en avoir pitié, je lui ouvrois mes cuisses, ainsi mise que j’estois, et luy, tenant son engin au poing, se traînoit à genoux entre deux, disant qu’il le vouloit seulement mettre à couvert. Et ayant aussi tost pourveu à cela, me tenant enfilée sans mouvoir davantage, ainsi en mangeant toujours nous raisonnions doucement de chaque chose, et quand il estoit à moitié mangé nous le renvoyions de bouche en bouche. Tant qu’estans lassés de ceste posture nous en recommençasmes une autre, et tantost une autre, et ainsi à l’infiny, me considérant partout, et il sembloit qu’il ne l’avoit encore jamais fait et qu’il ne s’en deust jamais soûler. Ensuite de quoy il se ravisa et prit un verre sur la table, qu’il remplit d’hypocras, et voulut que je beusse la première. Je le vuiday entièrement, et l’ayant aussitost remply pour luy il en fit autant que moy. Nous continuasmes deux ou trois fois, en sorte que les yeux nous pétilloient d’ardeur et ne respiroient que le combat naturel. Nous fismes donc trève de bonne chère, et retournant à me caresser, me prist soubs les bras et me fit lever, et quand je fus debout il fit mine de me chevaucher ainsy, et se trémoussa vers moy en se baissant et moy vers luy en me haussant; les culs nous alloient à tous deux comme s’il eust desjà le vit au con, et voyant qu’il ne pouvoit rien faire entrer à cause de l’incommodité d’estre debout, il m’apprit au moins que ce qu’il en faisoit estoit pour m’enseigner à remuer les fesses [(45)] de mesure pour quand nous serions accouplez, et que le remuement de deux fesses bien accordées, qui s’approchent et se retirent quand il est temps, est un grand assaisonnement à la volupté. Il m’apprit ensuite plusieurs autres choses à faire, qu’il trouvoit agréables devant et pendant le déduit. Que diray-je davantage? il ne nous manquoit qu’un miroir pour mieux contempler nos postures, à faute de quoy il me monstroit tous ses membres qu’il avoit les mieux faits, et vouloit que je les maniasse, prenant autant de plaisir d’estre touché de moy qu’il en avoit à me toucher. Bref il n’avoit jamais mis tant d’apprêts à me chevaucher comme il fit ceste fois là, et luy en ayant tesmoigné ma pensée, je le priay de mettre fin à toutes choses. Il estoit las de baiser, manier, fouiller et farfouiller, c’est pourquoy il m’escouta et nostre plaisir ne put souffrir un plus long delay. Je l’empoignay par le manche et le menay au pied du lict, où je me couchay à la renverse, l’attirant dessus moy; je m’enconnay moi-même son vit dans mon con jusques aux gardes; il faisoit craqueter le lict en poussant, et je luy repoussois de toutes mes forces. Bref, tout estoit en agitation parmy nous, et ne pouvions plus rien faire entrer par le remuement des fesses; je sentois les coüillons d’ayse qui battoient la cadence contre les miennes. Enfin, il eslance de plaisir contre moy et me dit qu’il alloit faire un grand coup, dont je serois toute ravie. Je luy dis qu’il se despeschât vistement, et nous nous dismes en suite plus de vingt fois l’un à l’autre: Et tost, m’amour, mon cœur, et quand feras-tu? lors il commença à faire la descharge et m’en donna le signal en me baisant et me poussant de force toute sa langue dans la bouche. Il me semble [(46)] encore que j’y suis, quand il eslanca par plus de six fois la liqueur amoureuse en moy, et cela se faisoit à petites secousses, et chaque secousse me faisoit mourir autant de fois. Je fis aussi ma descharge avec luy, et pour bien exprimer quel estoit nostre plaisir, tiens, ma cousine, tu aurois esté ravie en extase en voyant seulement comme il toussoit et se tourmentoit sur moy dans le temps que nous achevions de fournir notre carrière.
Fanchon. Non seulement je le crois, ma cousine, mais je sens une émotion toute pareille dans la description que vous m’en faites, et pour vous dire franchement mon advis, j’aimerois mieux les conclusions en ces sortes d’affaires que de m’amuser autant de sortes d’apprêts que vous m’avez là racontés.
[(47)] Susanne. C’est au contraire de ce que tu dis. La conclusion ne peut manquer, et cela estant, il faut estre plus mesnagère de ce plaisir, qui autrement seroit de courte durée sans la préparation qu’on lui apporte. Or si je croyois assez avoir de temps avant que Robinet fust venu, je te ferois un petit discours qui te serviroit encore bien d’instruction là-dessus.
Fanchon. Hé! de grâce, ma cousine, puisque nous y sommes, achevez, et faites que je vous aye l’obligation entière.
Susanne. Apprens donc qu’il y a cent mille délices en amour qui précèdent la conclusion, et lesquelles on ne peut autrement gouster que dans leur temps, avec loisir et attention, car autre chose est le baiser que l’attouchement, et le regard que la jouissance parfaite. Chacun de ces quatre a ses différences ou divisions particulières. Il y a premièrement le baiser du sein et de la bouche et des yeux, bref de tout le visage; il y a le baiser mordant, qui se fait par l’attouchement et impression des dents dedans la chair; le baiser de la langue, qui est le plus suave, et le baiser des autres parties du corps, selon que la fantaisie amoureuse, qui n’a point de bornes, est capable d’emporter la raison; et chacun de ces baisers a ses goûts différents et qui sont capables d’amuser longtemps par la nouveauté et douceur qui s’y rencontrent. Pour l’attouchement, il est divisé selon la division des membres et ses plaisirs sont aussi différents. Le téton ferme et rebondi remplit agréablement la main et fait aussitost dresser le vit par imagination d’autre délices; du téton l’on vient aux cuisses, et l’on gouste un autre plaisir à sentir deux colonnes d’albâtre, vives et charnues, quand la main se pourmeine autour. Bref, la main va agissant par tout: tantost sur le ventre plein et arrondy, tantost sur la motte velue, qu’elle empoigne et tire par les poils, fouillant et farfouillant des doigts à l’entrée du con, en faisant entr’ouvrir les deux lèvres de nature avec des émotions vives et ardentes, et de là faisant le tour par les hanches, elle est emportée sur les fesses, qui sont d’aimant pour elle et qui l’attirent avec tant de vertu que l’on voit le membre amoureux se tendre roidement vers le centre velu qui l’attire. Ce membre aussi a ses plaisirs particuliers d’attouchement et se plaît d’estre logé tantost dans la main de la dame, tantost entre les cuisses, tantost entre les fesses et tantost entre les mamelles. Si tu sçavois quel plaisir que c’est, quand un corps nud se vautre sur un autre et que les bras, les jambes, les cuisses sont entrelacés les uns parmy les autres d’une douce estrainte, à la façon des anguilles, tu ne voudrois jamais faire autre chose. Pour les regards amoureux, il n’y a rien si plaisant à considérer qu’un beau corps en la personne aymée, la structure de ses membres, ses postures et ses dispositions lascives; il n’y a rien qui excite davantage au plaisir, autant à voir qu’à estre veu; toutes les passions s’expriment par là, et l’âme se donne entièrement à connoistre en furetant les lieux qui luy sont plus plaisants à voir. A ceste heure, la joye est si grande de regarder aux yeux de la personne aymée et de luy faire cependant quelque lasciveté au corps, dont elle soit honteuse ou esmue de quelque autre passion, qu’il n’y a langue humaine qui le puisse dignement exprimer. Quelle joye aussi de se montrer nud aux yeux de ce qu’on ayme, et de plus, luy causer ainsi d’abord de l’estonnement et de la confusion par un spectacle qui ne luy doit donner par après que du ravissement. La jouissance vient ensuite dans son rang, comme la dernière, et elle doibt donner lieu et temps que ces premières se soyent passées auparavant, car après elle les autres n’ont presque plus de goust ny de pointe, et elles luy doivent toujours servir d’avantcoureurs. Or cette jouissance dernière comprend et surpasse tous les autres plaisirs, et a ses façons particulières de mettre le vit au con, qui sont de plusieurs sortes: dans le glissement d’un vit dans un con large ou estroit (et il est toujours plus plaisant qu’il soit trop estroit que trop large), dans la considération du temps et des lieux, dans le mouvement prompt ou tardif, dans les delays qu’on prend pour descharger, dans la quantité de la liqueur que l’on répand, dans les accolades et embrassements. Et parmy tout cela, depuis le premier moment qu’on a commencé à baiser, regarder, toucher et enconner, jusques à l’entier accomplissement de l’œuvre, il faut donner place et entremesler cent mille mignardises et agréments: jalousies et petits mots, lascivetés, pudeurs, frétillements, douceurs, violences douces, querelles, demandes, responses, remuements de fesses, coups de main, langueurs, plaintes, soupirs, fureurs, action, passion, gesticulation, souplesse de corps et instruction d’amour, commandements, prières, obéissance, refus, et une infinité d’autres douceurs qui ne peuvent pas être pratiquées en un moment [(48)]. Voilà ce que je t’avois à dire là dessus, ma cousine; or regarde donc maintenant si toutes ces sortes de douceurs et caresses ne sont pas douces à supporter et si je n’ay pas occasion de me louer de ma bonne fortune qui m’a procuré un amy qui en sçait si bien user dans le temps et qui est si raisonnable d’ailleurs.
Fanchon. Certainement je reconnois que c’est un art bien difficile à apprendre que celui-là, ma cousine, et il y auroit bien encore plus de choses à dire, ce me semble, si l’on demandoit les raisons particulières de chaque point.
Susanne. Vrayement il ne faut pas que tu doutes qu’on n’y puisse adjouster, et quand je te reverray, j’espère bien de t’en raconter davantage. Mais parlons encore de mon amy; à propos, que t’en semble, encore une fois?
Fanchon. Je vous dis que vous estes bien heureuse, ma cousine, et que vostre mérite aussi vous rend digne en partie du bien qu’il vous fait recevoir.
[(49)] Susanne. Point du tout, mon cœur, car mon mérite ne le rend point sage comme il est. Tu ne sçaurois croire au reste la discrétion qu’il a pour moy: quand nous sommes devant le monde, il n’oseroit presque me regarder, par respect, et il semble qu’il n’auroit pas la hardiesse de baiser le bas de ma robe, tant il a peur de m’offenser, et cependant, il faut advouer qu’il sçait si bien bannir le respect quand il est temps, qu’il n’y a sorte de mignardises et de lascivetés qu’il ne commette et ne fasse commettre, pour me donner du plaisir et à tous deux du contentement.
Fanchon. Eh! paix!