Susanne. Dis donc vite, ma connaude, cela ne peut estre mauvais, de la façon que je me le figure, et quand tu auras dit, par après nous verrons si tu as affaire à un habile homme.
[(3)] Fanchon. Pour commencer donc, la première fois qu’il me fit cela, j’estois sur le lict assise où vous m’aviez laissée, comme vous sçavez, qui faisois semblant de coudre à mon ouvrage. Quand il entra dans la chambre, il me salua d’abord et me demanda comment je me portois, et luy ayant respondu civilement, après quelques cérémonies faites pour s’asseoir, il se mit enfin auprès de moy, me regardant fixement au visage. Je crois qu’il regardoit si je ne me doutois de rien, et après s’estre enquis là où estoit ma mère et à quel ouvrage je travaillois, il me dit, en tremblant, qu’il vous avoit rencontrée sur le degré, là où vous lui aviez bien dit des choses de moy, si je vous en avois donné charge. Je ne luy respondis rien, en souriant, et cela lui faisoit peut-être penser qu’il en estoit quelque chose; au moyen de quoy, luy voyant que je demeurois muette et quasi comme interdite, il prit un peu plus de hardiesse et s’efforça de me baiser. Je le laissay faire sans beaucoup luy résister, m’estant préparée à tout ce que vous m’aviez dit. Et s’estant retiré après pour me considérer, il vit que j’estois devenue toute rouge de honte et que je n’osois le regarder, ce qui fust cause qu’en s’approchant aussi tost il me dit:—Tu rougis, m’amour; baise-moy encore un coup. Et ce disant il me baisa, mais il demeura un peu plus longtemps à ce baiser qu’à l’autre, parce qu’il avoit mis sa langue dans ma bouche, et, je ne vous mentiray point, ceste façon de baiser me plaist extrêmement. Si bien que voyant que c’estoit une affaire qu’il faut, et qu’à toutes choses il y a commencement, je pris une ferme résolution de complaire à tout ce qu’il me feroit.
Susanne. Fort bien.
Fanchon. Je reçus donc sa langue sous la mienne, où il la fit frétiller longtemps, et demeuray ainsi collée avec luy, goustant, sans penser à autre chose, le premier plaisir, tandis qu’il glissa sa main soubs mon mouchoir de col, où il me prit les tetons, qu’il mania l’un après l’autre, et puis la coula dans le sein le plus avant qu’il put.
Susanne. Voilà un bon commencement.
Fanchon. Et la fin n’en sera pas pire; car voyant qu’il ne me pouvoit atteindre plus avant, il la tira dehors et la posa sur mes genoux, et toujours en me baisant [(4)], il leva petit à petit ma jupe avec les doigts, et me venoit à toucher enfin le dessus de la cuisse.
Susanne. Cela s’appelle, comme il faisoit, toujours gagner pays. Je pense que le cœur lui battoit bien.
Fanchon. Vous allez veoir qu’il n’y a guère de filles, à ce qu’on m’a dit, qui ayent de plus belles cuisses que moy, je puis me vanter de cela, et qui soient mieux faites que les miennes, car je les ay blanches, grosses et douillettes.
Susanne. Je le sçay bien, pour les avoir veues et touchées.
Fanchon. C’est pourquoi il tressaillit d’ayse en les touchant, et s’estant serré plus fort contre moy en les pressant [(5)], pour me dire qu’il n’avoit jamais senty de chair si douce, son chapeau, qu’il avoit mis sur son genou, tomba à terre, et ayant aussi tost porté les yeux en cest endroit, par curiosité, je vis, le long de sa brayette, une longue enfleure qui poussoit et taschoit à sortir dehors.