Susanne. Eh bien donc! que a-t-il d’avantage à tout cela? Ce sont des ragousts que les hommes prennent, et il leur faut laisser faire; s’ils ne nous trouvoient pas belles et s’ils ne nous aymoient pas, ils ne mettroient pas nos corps en tant de sortes de postures, et, pour ainsi dire, à la capilotade.
Fanchon. Il est vray, ma cousine, que je reconnois par là que Robinet m’ayme, car ce qu’il me fait faire est accompagné de tant d’apprest et d’inventions de sa part, que quoy que j’en aye de la honte en le faisant, je n’en ay pourtant point de regret et j’en reçois [(24)] une satisfaction incroyable. Entr’autres, ces jours passés, il me fit voir une certaine gentillesse d’esprit dont j’auray à jamais mémoire, parce qu’elle est judicieuse et plaisante au possible; il la fortifia par des instructions d’amour si plaisantes et qui sont si judicieuses à mon gré, que je crois que c’est là le meilleur moyen qu’on puisse trouver à une fille pour la rendre sçavante, tout d’un coup, à donner bien du contentement aux hommes.
Susanne. Et n’y a-t-il pas moyen de sçavoir ce que c’est?
Fanchon. Ma cousine, vous en rirez en l’apprenant, et je me trompe fort si vous ne vous servez de son invention.
Susanne. Et quelle est-elle donc?
Fanchon. La voicy, sans aller plus loing. Dimanche dernier, il y a trois jours, il vint me veoir sur les trois heures après midy, pendant que ma mère estoit sortie pour aller aux vespres et qu’elle m’avoit laissée seule à la maison. Je ne vous diray pas qu’il me fit cela une fois sur le coffre, à son arrivée, estant pressé, ny toutes les autres caresses qu’il me fit et devant et après, dont je fus contente à l’ordinaire. Je vous diray seulement qu’après avoir folastré quelque temps entre nous de diverses choses, et ri une bonne fois de la simplicité de ma mère qui ne s’appercevoit pas de nos folies, nous revinsmes aux baisers et de là aux embrassements. [(25)] Et m’ayant montré sa lance, qui estoit droite, il me prit à force de corps et me coucha à la renverse sur le lict, où il me troussa la cotte, et m’ayant fait escarquiller les jambes, il regarda si j’estois bien et me mit encore un oreiller soubs le cul, pour m’agencer mieux. Après, il me dit de ne point remuer, et ayant pris un petit toupet de bourre qu’il avoit apporté exprès, il me le mit sous la fesse droite; il en prit un de laine, qu’il me mit sous la gauche, et un autre de coton, qu’il me fourra soubs le croupion. Après, il s’ajusta entre mes jambes et approcha son vit en regardant, me le mit aux bords de la fente et me dit que je prisse bien garde à ce qu’il feroit, pour lui obéir en tout ce qu’il m’ordonneroit.
Susanne. Voilà qui est bien préparé.
Fanchon. Encore mieux exécuté.
[(26)] Susanne. Voyons.
Fanchon. Il me dit: Bourre, en poussant, et me fit remuer la fesse droite; il me dit: Laine, et il me fit remuer la gauche; il me dit: Coton, et me fit remuer le croupion.