Susanne. Et comment as-tu donc fait pour avoir sa compagnie? T’en es-tu bien peu passer jusques icy?
[(37)] Fanchon. Nenny dà, mais je ne l’ay eue que fort rarement, et que si vous saviez les incommodités que nous avons eues pendant ce temps là, et que nous allons encore avoir pendant sept à huit jours pendant que ma chambre doibt estre raccommodée, vous en seriez tout estonnée.
Susanne. Je seray bien aise de les entendre, et selon que tu me diras je seray encore capable peut estre de te donner du conseil pour l’avenir.
Fanchon. Il y eut hier quinze jours justement que ma mère me fit aller coucher dedans sa chambre, et depuis n’en ay pas désemparé. Je le dis dès le lendemain à Robinet et luy fis veoir les incommodités que nous aurions à nous trouver seuls; à quoy il me demanda s’il n’y avoit point de moyen à me venir veoir la nuict, en faisant faire une fausse clef à la porte du petit jardin, mais je luy dis que non, d’autant que ma mère sort encore moins de la chambre la nuict que le jour et qu’elle m’entendroit si je voulois sortir. Il me dit que je ferois semblant d’aller à la garde-robe, et que là, sur le siége, nous ferions nostre affaire, mais je luy dis que cela ne se pouvoit point, d’autant que pour aller à la garde-robe il ne faut pas sortir de nostre chambre, à cause qu’il y en a une au bout de la galerie, où ma mère veut que j’aille de nuict, de peur de faire du bruict en ouvrant les portes. Ces raisons le rendirent estonné, tellement qu’il dit qu’il nous falloit prendre patience et l’occasion aux cheveux quand elle se présenteroit, et cependant nous visiter tous les jours.
Susanne. C’est à dire que vous avez esté autant avancés qu’auparavant. Hé bien! qu’arriva-t-il?
Fanchon. Sur ceste résolution, il me vint veoir le lendemain, mais nous espiasmes en vain l’occasion, sans la pouvoir rencontrer. Le jour après nous fusmes plus heureux, car estant arrivé que la servante estoit sortie, je luy allay ouvrir la porte par le commandement de ma mère, et me trouvant aussi ardente à cela que jamais, de peur de perdre le temps et que quand nous serions en haut nous n’aurions pas trouvé la commodité, il me poussa contre le mur, et m’eslargissant les cuisses, me troussa la cotte qu’il me fit tenir avec les deux mains, et ayant aproché son vit roide, en se baissant, il me le mit dedans le con le mieux qu’il put et s’efforça de pousser en la plus grande haste du monde. Je le trouvay bon comme cela, parce qu’il y avoit long temps que je ne l’avois fait, mais il eut plustost fait que moy, et comme il voulut se retirer, je le retins et le priay d’attendre que j’eusse fait aussi. Il en eut la patience, et quand nous eusmes achevé, incontinent nous montasmes en haut, sans que ma mère se doubtast de rien, sinon que, pour la forme, je luy dis qu’il m’avoit demandé si une certaine personne n’estoit point au logis, parce qu’il ne la vouloit point veoir. D’autres fois, nous fismes plus commodément, selon que l’occasion s’en présentoit, et quelquefois que ma mère estoit dehors, nous avions beau nous divertir, mais quand elle estoit au logis ou qu’il y avoit compagnie, c’estoit tout ce qu’il pouvoit faire de m’enconner une petite fois, pendant qu’elle alloit reconduire quelqu’un, tantost sur une chaise, tantost sur un coffre, et en cest estat nous nous pressions fort, et imaginez-vous si je me faisois bien prier d’ouvrir les cuisses et de me mettre en la posture qu’il vouloit pour avoir plustost fait. Mais il n’importe, quoy que nous fussions en crainte, nous ne laissions pas d’avoir bien du plaisir; encore estions-nous bien heureux quand cela arrivoit, car quelquefois que nous estions en train de remuer les fesses, nous entendions du bruict qui nous faisoit déconner, et pensez quelle rage cela nous donnoit. Quelquefois aussi c’estoit une fausse alarme; nous nous remettions et quelquefois nous achevions, quelquefois nous n’achevions pas, parceque quelque autre nous interrompoit. D’autres fois, la présence de ceux qui nous regardoient estoit si importune qu’il estoit assez heureux quand il me pouvoit toucher la cuisse en un jour ou, tout au plus, me mettre l’engin dans la main; c’estoit encore beaucoup quand nous le pouvions faire toucher au mien et les faire baiser ensemble. Quelquefois que nous estions assis sans nous toucher et que personne ne nous regardoit, il mettoit son manteau audevant et me le faisoit veoir en bon point, se complaignant avec les yeux, de quoy j’avois si grand pitié que je ne me pouvois saouler de le regarder. Cela m’obligeoit quelquefois à m’approcher de luy, et tenant ma chemise levée par dessoubs ma jupe, il couloit la main par la fente de derrière et me touchoit la chair depuis les fesses jusques aux hanches et tout autour du ventre, et se consoloit de cela. Or j’avois plus souvent (prévoyant son dessein) ma robe de dessus à demi troussée, comme ont la plupart des filles quand elles sont à la maison, et cela faisoit qu’il lui estoit plus facile de me passer ainsi la main, parceque ma robe, qui couvroit tout, faisoit penser, quand on le voioit, que c’estoit par dessus la jupe qu’il m’embrassoit, tellement qu’il luy estoit quelquefois aysé de la faire arriver jusqu’au con dans les attouchements. Il me chatouilloit avec le doigt; j’avois beau luy faire signe et luy dire à l’oreille qu’il s’arrestast, il n’en faisoit rien, et pour peu que ma mère eust le dos tourné ou qu’elle fist un pas à la fenestre, il me faisoit descharger. Cependant, quand je pouvois, je luy prenois l’engin sous le manteau, et regardant toujours ma mère, pour peu qu’elle eust destourné, je luy branlois à luy pendant qu’il me branloit à moy et qu’il me faisoit aussi descharger. Enfin, sans y penser, et à force d’imagination, nous trouvasmes une invention [(38)] pour chevaucher devant le monde sans qu’on s’en aperçoive.
Susanne. Et comment faites-vous cela?
Fanchon. Une fois que j’empesois, debout sur la platine, et que ma mère estoit descendue en bas, il s’approcha aussi tost de moy, et troussant ma chemise par la fente de ma jupe, tout en discourant de diverses choses et de la cruauté de nostre destinée, il me mit le manche roide entre les fesses, s’efforçant de le faire aller jusques au con. Je sentis qu’il remuoit là auprès et demeuray attentive à ce qu’il faisoit, sans songer à ce que j’avois sur la platine, qui estoit un cotillon de fustaine blanche que je repassois parce qu’il n’estoit pas assez sec. Voyant qu’il n’y pouvoit arriver, il me mit la main sur le cul et me dit que je me baissasse, et qu’il prendroit bien garde s’il venoit quelqu’un, mais en me baissant la fente de ma jupe n’estoit pas assez longue et luy fit sortir l’engin par la raie du cul, si bien qu’il me fit redresser, maudissant son aventure, et se contenta de me descharger promptement entre les fesses.
Susanne. Quel dommage!
Fanchon. Son ardeur estant appaisée, il remit son engin dans sa brayette, et je m’apperçus aussi tost que le feu avoit pris au cotillon qui estoit sur la platine. Je fis un cry en l’ostant promptement de dessus, et ma mère arriva sur ces entrefaites, qui me querella bien fort de ma négligence et me dit qu’elle ne m’en donneroit point d’autre. Mais Robinet mit le holà le mieux qu’il put, disant que c’estoit une flammèche qui estoit sautée dessus pendant que j’avois regardé à la fenêtre, et que ç’avoit esté la faute de luy, qui n’y avoit pas pris assez garde. Et voilà comme l’affaire se passa.