[(60)] Susanne. Celles qui ont des amis et qui craignent de s’engrosser se contentent de les baiser et toucher, et elles souffrent aussi d’estre baisées et touchées et mesme que leurs amys leur manient les fesses, les cuisses, le con, les tetons, la mothe, qu’ils mettent l’engin auprès le leur, qu’ils les visitent par tout amoureusement, et qu’ils leur deschargent entre les cuisses, entre les fesses, entre les tetons ou dans la main. Pour porter dans le con, et s’engraisser de ce foutre tout le bas du ventre, point de nouvelle; ils les grattent seulement avec les doigts entre les babines du con, en les escarquillant et entr’ouvrant, tandis qu’elles les baisent et badinent de mesme avec leur vit roide entre les mains.

Fanchon. Après?

Susanne. Il y en a de plus hardies qui se laissent enconner et frétiller, mais d’abord qu’ils veulent descharger, elles sont faites à cela et le connoissent, et leur donnent un coup de cul et les jettent dehors. Ainsi elles vont croissant ou diminuant leurs libertez, à mesure qu’elles sont plus ou moins esprises des délices de l’amour, mettant un petit linge à la teste du vit et le laissant descharger sans déconner, parce que le linge reçoit la liqueur d’amour; et les dernières, qui sont plus hardies que toutes, ne craignent point de se laisser descharger sans mettre le linge, mais [(61)] elles prennent garde, en s’accordant, que ce soit quelque temps seulement l’un après l’autre. Car c’est vérité connue et expérimentée de tous les médecins, qu’il faut que les deux descharges se passent ensemble pour engendrer et engrosser; aussi, c’est pour cela que le plaisir en est plus grand et que la fille en ressent deux à la fois qui luy viennent, qui sont la liqueur de l’homme, d’une part, et la sienne qu’elle répand avec luy, de l’autre. D’où vient qu’il y en a beaucoup parmy elles qui se mocquent de toutes ces précautions, et qui ayment mieux recevoir un plaisir certain et infaillible et que l’on réitère souvent, que de s’en priver continuellement par la crainte d’une incertaine grossesse. Je dirois encore mille choses qui font que ceste grossesse n’est rien, mais croy moy seulement que celles qui ont bien envie de se divertir y donnent toujours bon ordre, soit que cela arrive ou par empeschement qu’elles y donnent (comme aussi l’on voit qu’il arrive rarement, et que de cent filles qui chevauchent en secret, il n’y en a pas deux qui engrossent), ou que si elles ne peuvent l’éviter, qui font du moins qu’on n’en parle jamais, après ou devant le coït. Mais fais en sorte que ceste crainte ne te vienne pas troubler en tes plaisirs; au contraire, recherche avec soin le moyen de les augmenter, car tu ne sçaurois croire enfin, quand tu l’auras mieux esprouvé, combien il est doux et charmant et qui passe tous les contentemens du monde de s’abandonner entièrement à une personne qu’on ayme, pour en faire à sa volonté.

Fanchon. Certes, ma cousine, vous auriez besoin de reprendre haleine après avoir parlé si longtemps, mais puisque vous vous en acquittez si bien, nous n’en demeurerons pas là, car j’ai encore trois ou quatre petites questions à vous faire, et je ne vous laisse aller sans que vous ne m’y ayiez répondu.

Susanne. Tu me tiens à ceste heure, et il n’est possible que je te refuse.

Fanchon. Ma cousine, je vous diray donc [(62)] que je crains d’estre devenue grosse, et si vous demandez pourquoy, c’est que toutes les fois que nous avons chevauché, Robinet et moy, il a voulu que nous ayons deschargé ensemble, pour y avoir plus de plaisir, car le combat de semence contre semence est entièrement voluptueux, et je vous demande si vous ne sçavez point quelque autre signe que celuy là pour me faire croire que je ne le sois point?

Susanne. O qu’ouy, vrayement. Ce n’est pas tout que descharger ensemble, il faut de plus que la femme, dans le point de la descharge, si elle veut que le coup porte, tienne les fesses serrées l’une contre l’autre et ne se remue en façon quelconque que tout ne soit fait et achevé. Or, regarde si tu en as usé de la sorte.

Fanchon. Pour bien serrer les fesses, je les ay tousjours serrées, et je pourrois bien estre grosse de ce coup là, mais pour avoir demeuré immobile comme une souche, au milieu d’un si grand plaisir, nullement, et c’est ce qui m’est impossible; ainsi j’ay tousjours remué avec le plus grand appétit du monde.

Susanne. Eh bien, cela seul est capable de l’avoir empesché, parce qu’en se remuant ainsi cela fait aller le foutre de l’homme çà et là, et il ne tombe pas justement au lieu où il devroit dans celuy de la femme, ce qui fait [(63)] qu’on engrosse. Mais pour serrer les fesses tu ne t’en doibs pas estonner parce qu’on ne s’en peut point empescher, ce qui est de l’essence du plaisir d’amour de les faire serrer ainsi; car en avançant le cul en avant, elles viennent à se presser l’une contre l’autre de nécessité et à se faire petites, de la force qu’elles ont à se joindre, et à mesure qu’elles se serrent ainsi par derrière, la nature, qui ne fait rien en vain, fait battailler davantage par devant l’entrée de la matrice, en approchant contre l’homme, à cause de la commodité qu’elle y trouve, et les lèvres du con, pour engloutir mieux le membre viril et se conjoindre ainsi d’autant plus à l’objet aymé; d’où vient que chacune des parties qui souhaite passionnément cette union, dit tousjours, dans l’action: serre, serre, serre! qui veut dire: serre par derrière et ouvre par devant, et cela ne manque pas d’arriver ensuite, ainsi que je l’ay dit.

Fanchon. Tousjours en raisonnant avecque vous vous m’apprenez quelque chose, ma cousine et me voylà toute consolée à présent touchant les difficultés de la grossesse, que je n’apprehende plus, tant à cause de ces raisons là [(64)] que vous m’avez dites qui la peuvent empescher, que pour les remèdes que vous avez contés. Mais ne me sçauriez-vous dire d’où vient que les hommes sont plus ayses que nous leur touchions le vit avec la main que toute autre partie du corps? et mesme quand ils ont tout mis dans la nostre, ils se délectent encore, en faisant, à nous sentir la main qui leur patine par derrière les ballottes.