Susanne. Il est vray cela.
[(57)] Fanchon. Mais après tout, ces filles qui sont si timides et qui ont si peur d’engrosser, comment peuvent-elles donc faire pour se passer d’hommes, quand l’envie leur en prend et les surmonte si fort que le con estant tout en chaleur il n’y a aucune allegeance de quelle façon vous le frottiez?
Susanne. Je te diray, cousine, il y en a qui n’ont jamais esté touchées d’aucun et qui ne laissent pas pourtant de se bien donner de bon temps à s’exciter à la volupté, sans crainte de cela.
Fanchon. Comment peuvent-elles donc faire?
Susanne. J’ai leu dans un livre d’histoire d’une fille de roy, qui se servoit d’une plaisante invention, au défaut de véritable masle. Elle avoit une statue d’homme de bronze, peinte, en couleur de chair et fournie d’un puissant engin d’une matière moins dure que le reste. Cest engin estoit droit et creux, il avoit la teste rouge et un petit trou par le bout, avec deux pendants en forme de coüillons, le tout imité au naturel. Et quand la fille avoit l’imagination eschauffée de la présence de ce corps, elle s’approchoit de cest engin qu’elle se fourroit dedans le con, elle empoignoit les fesses de ceste statue et les trémoussoit vers elle; et quand ce venoit à descharger, elle tournoit un certain ressort qui luy sortoit derrière les fesses, et la statue jettoit incontinent par l’engin une certaine liqueur chaude et espaisse, blanche comme bouillie, dans le con de la fille, dont elle estoit arrosée et satisfaite pour le coup.
Fanchon. De quelle invention l’amour n’est-il point capable, et qui se seroit jamais allé imaginer cela de la sorte?
[(58)] Susanne. Il est pourtant vray cela, et il n’en faut non plus doubter que de ces hommes qui ont des statues de belles femmes dans leurs cabinets, qui leur servent à mesme dessein, et les foutent, quand ils ont le vit roide, par la fente qu’elles ont au bas du ventre, et qui est profonde à proportion.
Fanchon. Il est aussi croyable que l’autre, mais achevez.
[(59)] Susanne. Les filles qui n’ont point le moyen d’avoir des statues se contentent de gaudemichis ou de simples engins de velours ou de verre, formés à la ressemblance d’un membre viril naturel, lequel elles emplissent de laict chaud et s’en chatouillent comme d’un véritable vit. Les autres se servent avec des cervelas, de grosses chandelles de quatre à la livre, ou, faute de cela, mettent le doigt au con tant avant qu’elles peuvent et se font ainsi descharger. Et tant de pauvres filles recluses malgré elles, et toutes les religieuses qui ne voient le monde que par un trou, sont bien contraintes d’en user ainsi, et ne peuvent chasser les tentations autrement, car le foutre estant naturel comme le manger et le boire, quand elles ont passé quinze ans elles ne sont plus dans l’innocence, et faut bien qu’elles appaisent leur chaleur naturelle vitale.
Fanchon. Aux autres, ma cousine, cela va sans dire.