[(72)] Susanne. C’est qu’elle se resjouit sur le point qu’elle est proche de se communiquer à la chose aymée.

[(73)] Fanchon. Cela est certes bien délicat et amoureux, et pourquoy donc ceux qui sont en cest estat ne peuvent-ils rire, veu qu’ils sont si ayses, sur tout dans le moment que le foutre s’escoule, et qu’il semble que toutes choses les y convient?

Susanne. C’est qu’ils n’ont pas le plaisir dans la teste, et que toute leur joye est au cul ou bien entre con et coüillons.

Fanchon. Ha, ha, ha, ha!

Susanne. Mais il se peut imaginer encore autrement.

Fanchon. Comme quoy?

Susanne. C’est que l’âme est tirée en bas par la force du plaisir et comme arrachée de son siége par la grande attention qu’elle porte à ceste union si désirée des deux corps, qui se faict en cest endroit; d’où vient qu’elle ne songe plus à soy et laisse vuides et desgarnies de sa présence les fonctions de la raison. Or, là où elle ne raisonne plus, là aussi elle n’est plus libre, et par conséquent elle ne peut rire, car c’est une propriété de la raison et effect de la liberté. Pour preuve de cela, c’est que, au commencement que ceste idée passe, l’on esprouve une certaine langueur et assoupissement des sens par toute la teste, qui est une marque de la privation de l’âme qui n’y exerce plus son pouvoir, tellement qu’il en arrive comme à ceux que la rencontre d’un cas merveilleux tient suspendus entre l’admiration et la joye, et qui sont tellement saisis et resserrez par ceste dernière, qu’ils n’ont plus la liberté de s’estendre et ne peuvent se partager pour en rire.

[(74)] Fanchon. Ma cousine, cela est trop délicat pour moy du premier coup, et il mérite bien que nous y fassions reflexion une autre fois. Mais pourquoy est-ce que les hommes, quand ils ne nous peuvent mettre le vit dans le con, ils se plaisent au moins de le mettre entre nos cuisses, entre nos fesses, entre nos tetons, dans nostre main, et quelquefois nous en saluer le visage et autour du menton? Car certainement il y a là une espèce d’amour aveugle, quoy qu’il n’y ayt point de vray sentiment, dont je ne sçaurois m’imaginer la cause.

Susanne. C’est bien dit, aveugle, et souviens-toy de ce que nous avons dit auparavant de l’idée, c’est que ces membres là de la femme sont aussi bien partie de l’homme que les autres; car l’amour, qui est aveugle et qui ne sçait où se faict la conjonction, ne se soucie pas pourveu qu’il communique son plaisir en quelque endroit de la femme, ne demandant que la conjonction de deux parties. D’où vient que quand il sent cela il s’agite et remue contre elle, et trompe la raison, parce que l’idée le veut ainsi, à cause de quelque ressemblance que ceste dite conjonction a avec la véritable naturelle; d’où vient qu’il est ravy quand il sent quelque chose en la personne aymée qui luy presse et qui luy frotte l’engin pour l’abuser d’autant plus, soit quand il le pousse de force entre ses genoux ou soit quand il luy faict serrer les deux mamelles à l’entour, tandis qu’il faict l’action de se remuer.

[(75)] Fanchon. Ma cousine, c’est assez, et nous n’avons rien dit du baiser de la langue, qui semble aussi estre une fantaisie.