Je trouve premierement que nous avons usurpé le c, en son d's, avant toutes les voyelles: combien que quelquefois il demeure en sa premiere puissance devant a, o, u, comme en Capitaine, Compaignon, Cure. Mes en ces autres comme, Fonça, façon, cecy nous voyons qu'il est prononcé en s. Parquoy vous voyez evidemment que ceste façon d'escrire donne occasion de mal prononcer, & de laisser le liseur en doubte. Or je m'esmerveille que ceux qui ont cherché de faire differente escriture de vocables, là ou leur signification seroit diverse: n'ont advisé en semblable de diversifier les letres, là ou leur puissance se trouveroit diverse.
Façon Facond. Nous Noz.
Car il me semble qu'il est aussi raysonnable de diversifier le C, quant il sonne en S, de celuy qui sonne en K: attendu mesmement que la prononciation est diverse, comme en façon, & facond, que de faire diverse l'escriture de nous, primitif, & de noz derivatif: qui ne sont en rien differens en leur prononciation.
ç.
Pour nous oster doncques de ceste confusion du C, j'ay advisé que les Hespaignols ont ung ç crochu, ou à queue, dont nous pourrons user devant toutes voyelles: devant lesquelles nous usurpons le C, en S, en escrivant de ça çeçy façon, non pas que je vueille dire que S, ne s'y puisse bien mettre, quoy que les homes de france se moquent des Dames le faisant ainsi.
L'escriture des femmes de france meilleur que celle des homes.
Des quelles si nous recherchons la façon d'escrire, nous la trouverons beaucop plus raysonnable, & mieux poursuyvie selon l'Alphabeth, que celle des plus savans homes des nostres. Brief s'il est demouré quelque reste de raysonnable escriture, & formée selon que les puissances des letres le requierent, il leur en fault donner l'honneur: comme qui ont suyvi ung bon principe qui est, que l'office des letres est de servir en l'escriture, chascune selon sa puissance: & non pas pour y estre oysive, ou bien usurper celle d'une autre. Ce qu'au contraire nous avons faict tous en prenant des faulx principes, que ja je vous ay debatuz.
Abus en tous ars par faulx principes.
Si nous estions homes à qui la rayson fut en affection, & que nous eussions en toutes choses les vrays principes en aussi bonne recommandacion que les apparans: les sophisteries, & faulses doctrines en tous ars ne seroient pas en si grand regne, ny receues pour veritables. Mais en cela cognoistrez vous la difference du savant, & de l'ignorant, & sophiste, que le savant se fortifie de ses principes, qu'il sent partir de verité, & pourtant certains, & invincibles: sans recourir à nulles autres armes, & sans fuyr nulle part le combat. Mais là ou la rayson nous default, & que la verité nous presse, de sorte que ceste apparence qui n'est qu'une couverture de mensonge vient à estre decouverte: allors nous quittons la campaigne, ainsi que fait une troupe de gens de guerre quant elle se sent foyble, & regaignons le fort de ruses, & malices, pour quelquefois faire des saillies, avecq' injures, cryeries, & toutes façons de cruauté. O que c'est une grande pauvreté, & misere en ung pays, quant les homes veulent forcer les autres de recevoir l'ignorance pour science, & les tenebres pour lumiere! Or revenons à noz moutons. Il me semble doncques que si nous usons de ceste façon de ç comme je vous ay dict: & que nous employons le nostre devant les voyelles, esquelles nous le prononçons en K, comme en Capitaine, coper, compaignon, que nous fuirons ceste façon de confusion de puissance de letres. Par ce moien nous aurons deux letres d'une mesme nature: d'autant qu'il n'est pas possible de corriger l'abus du c autrement: avecq' ce qu'il n'y a point d'inconvenient pour la lecture, d'avoir plusieurs letres d'une mesme puissance.